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saint François s’avança et dit : — Monsieur Jésus-Christ, s’il vous plait, saint Michel pèsera les bonnes actions de celui-ci et ses mauvaises ; alors vous jugerez d’après ce qui arrivera. — Qu’il en soit ainsi ! dit le fils de Marie, — et l’on commença la pesée. Mais hélas ! le plateau des crimes baissait toujours, et le diable riait ; il allait étendre sa griffe sur l’âme, lorsque saint François jeta tout à coup, dans le plateau des bonnes actions, les repentirs du défunt et la poignée de paille qu’il avait donnée aux moines ; et le plateau, s’abaissant lentement, enleva l’autre jusqu’au bras de la balance. Alors le diable s’enfuit en poussant un cri de rage, l’ange gardien étendit ses deux ailes sur l’âme, et les saints dirent entre eux : Nous avons un frère de plus parmi nous.

Cet apologue rassure un peu le comte. Saint Bernard lui persuade ensuite d’aller trouver un ermite qui habite au fond de la vallée, et duquel il l’engage à prendre conseil. L’homme de Dieu ordonne à Guillaume de renoncer au monde, de prendre la robe de pénitent, la hère de crin, les chaînes de fer, dont les cénobites garottaient leurs membres ; et Guillaume, ravi, renvoie ses pages, et se fait ermite dans le désert.

Le septième acte nous le montre revêtu de tous les insignes de la pénitence, et vivant au fond d’une forêt, avec ses terreurs et ses remords. Tous ses rêves de solitaire prennent un corps et se dressent autour de lui. Il voit l’enfer déchaîné pour le perdre, et employant tous les moyens qui peuvent le faire tomber dans le péché. Mais parmi ces moyens, renouvelés de la tentation de saint Antoine, il en est un qui est un trait de génie de l’auteur breton. Le saint a résisté à tous les appas que le démon lui a présentés ; vainement une jeune fille égarée, après lui avoir demandé l’hospitalité, s’est approchée de sa couche de paille, et avec de tendres et amoureux épanchemens, lui a appris qu’elle l’aimait, et qu’elle le cherchait en vain depuis long-temps. Vainement lui a-t-elle dit, en caressant d’une blanche main son visage frissonnant : — Oh ! Guillaume, quitte ce lit de paille, ne serais-tu pas mieux à mes côtés, dans une couche moelleuse, au fond du palais de mon père ? O Guillaume, mes bras ne seraient-ils pas de plus douces chaînes que ces fers qui meurtrissent votre chair ? — Le saint ermite a fait le signe de la croix, il a crié la formule d’exorcisme, et le fantôme tentateur s’est évanoui. Alors Satan se présente sous la forme d’un guerrier du Poitou. Une visière baissée cache son visage, la poussière et le sang couvrent ses éperons.

LE DÉMON.

Guillaume ! la patrie est saccagée, une armée ennemie est venue assiéger ta ville, et si tu ne viens la défendre, elle est perdue