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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/387

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le caractère du personnage inventé ! Ce Guillaume, je l’ai déjà dit, n’est autre chose qu’une mauvaise pensée d’étudiant ; c’est un don Juan en bragou-bras, qui fait l’amour les poings fermés. Et pourtant, à travers ses formes un peu grossières, perce la passion fraîche et chatouilleuse, je ne sais quelle soif adolescente des voluptés défendues et des audaces impies. Aux plaintes, aux reproches de sa victime, Guillaume ne répond que ces mots : « Idole de mon cœur, ô mon tendre amour ! » Les plaintes et les reproches redoublent : « O mon tendre amour, idole de mon cœur ! » reprend le jeune homme, perdu dans la contemplation voluptueuse et agaçante de cette femme qui palpite à ses pieds, qui a honte, qui a peur, et qui résiste. Elle pleure, elle appelle la Vierge et Dieu à son secours : « Qu’elle est belle ainsi ! » dit Guillaume, et il cherche à l’attirer dans ses bras pour boire ses larmes et étouffer ses sanglots dans les baisers. — Certes, il y a là de cette rage bizarre et sensuelle, de cette dépravation, si l’on veut, qui nous fait trouver parfois, dans la convulsive résistance de la femme désirée, dans ses efforts gémissans, une sorte de titillation voluptueuse, une espèce d’excitation ardente qui nous fouette les nerfs et nous remue le sang jusqu’au cœur. Avoir ainsi en son pouvoir une maîtresse belle et résistante, la voir, en dépit d’elle-même et de Dieu, se pâmer sous de brûlantes caresses, oh ! ce dut être une image ravissante pour le cloarec qui composa Saint Guillaume, surtout quand le charme du péché venait s’y joindre, quand il pouvait, dans son rêve poétique, briser le joug pesant de la religion et crier avec le comte de Poitou : — « Malédiction ! je renonce à Dieu ! » — Car cette révolte contre le Maître, quel que soit son nom, est un instinct qui dort au cœur de tous, et qui cherche à se satisfaire sous tous les déguisemens. Un dévot a plus de joie qu’il ne se l’avoue, à faire parler un impie et à pouvoir, par sa bouche, dire une fois son fait au bon Dieu.

Mais revenons au drame.

Après ce premier acte, les tableaux amoureux font place aux images chevaleresques, et l’on en conçoit la raison ; c’est le complément obligé de tout roman de jeune homme. Après avoir été un Faublas dans ses rêves, il faut bien se croire un Achille ou un Roland ? Dans la jeunesse, la force et l’imagination qui débordent cherchent partout une issue ; tout ce qui est puissant, incroyable, dramatique, nous enchante, rien ne nous semble difficile ; les réalités qui se montrent encore de loin paraissent de si faibles barrières auprès de l’énergie qui bout dans notre sein ! Comme des enfans, nous regardons la montagne qui s’élève si petite à l’horizon, puis le creux de notre main, et nous nous demandons, en souriant, si la montagne n’y tiendrait pas facilement. C’est alors que l’on voudrait boucler