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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/384

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L’EVEQUE.

Moi !... moi !... pas du tout... je ne m’occupe plus du comte, je ne m’en occupe plus ! Et à quoi bon d’ailleurs excommunier un homme qui ne se soucie nullement de Dieu ?

LE DUC, en se retirant.

Messire , c’est une grave chose, dans cette vie, que de laisser un homme commettre tous les crimes sans oser le punir !

Ces dernières paroles sont nobles et solennelles ; peut-être n’étaient-elles qu’un souvenir ; peut-être furent-elles adressées, un jour, par celui qui écrivit ces vers à quelque juge qui venait de repousser sa plainte contre un coupable trop noble pour être condamné. — Ce devait être une belle puissance en 1600, que celle du poète de village qui attachait ainsi au pilori du théâtre les infamies trop haut placées pour la loi, et qui pouvait, lui, pauvre serf, caché au fond de la foule, faire rougir, sur les gradins réservés, quelque front de gentilhomme ou de juge !

Cependant le comte Guillaume est parvenu à ses fins. Il est maître de sa belle-sœur que la violence a soumise à ses désirs. L’auteur nous l’apprend dans une scène entre le comte et la duchesse que nous citons en entier, parce que c’est une des meilleures du drame.

LE COMTE, assis, et tenant la main de la duchesse.

Eh bien ! mon âme, mon bonheur, n’êtes-vous pas heureuse maintenant ? Ne voyez-vous pas que l’homme auquel je vous ai arraché ne vous aimait pas comme moi ?

LA DUCHESSE, pleurant.

Il n’y aura pour moi de bonheur que lorsque je serai rendue à mon époux.

LE COMTE.

Qu’avez-vous à souffrir ici ?

LA DUCHESSE.

Le plus grand des maux !... — Vous m’avez déshonorée.

LE COMTE.

Enfant, ne songez pas à cela et aimons-nous.

LA DUCHESSE.

Homme méchant et audacieux, homme cruel et insensé !

LE COMTE, cherchant à l’attirer sur ses genoux.

Idole de mon cœur, ô mon tendre amour !

LA DUCHESSE.

Vous tenez mon âme prisonnière, vous la perdez !