Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/382

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ce frère se livre à d’interminables lamentations sur les crimes de Guillaume — « qui vole, qui tue et viole dans le canton, malgré son jeune âge !... » — Il apprend en même temps à la duchesse qu’il est décidé à aller trouver ce Nabuchodonosor et à lui faire un sermon. La duchesse l’en dissuade en vain : l’homme vertueux a fait son sermon et y tient. En conséquence il se met à genoux, invoque Dieu le père, la Vierge et le Saint-Esprit, et se rend vers Guillaume, accompagné de sa jeune épouse.

Or il se trouve que celle-ci est fort jolie et que le comte en est amoureux. Vous jugez de sa joie quand il la voit arriver avec son mari. D’abord les deux gentilshommes s’adressent force salutations et complimens ; puis le duc entame enfin son exhortation à laquelle il ne manque rien, pas même les citations latines. Guillaume en paraît assez médiocrement touché. Pendant le discours de son frère, il couve des yeux la duchesse ; enfin, après une des plus belles tirades du sermoneur, il s’écrie :

Tout cela est fort beau, mon frère, la vertu vous est facile à vous qui avez les bonnes grâces de Dieu. Rien ne vous manque, tout est selon vos désirs. Vous êtes riche, puissant, vos vœux sont aussitôt des réalités, et vous avez pour vous donner la joie du cœur la rose des jeunes filles !... Oh ! oui, vous êtes heureux, vous, dans la vie !

LE DUC.

Vous le serez comme moi si vous voulez obéir au devoir. Vous trouverez tout le monde prêt à accomplir vos désirs.

LE COMTE.

Non, il n’est point d’autre femme qui vaille celle-ci, point d’autre femme aussi parfaite, — point d’autre fleur sans tache, comme elle. Ah ! je sens mon cœur fasciné quand je contemple ces grâces, quand je noie mon regard dans ces yeux voluptueux.

(Impétueusement.)

Il faut que je l’aie. — Je la veux.

(Il saisit la duchesse dans ses bras.)

Toi, tu es un savant, fais-toi moine et prédicateur.

LE DUC.

Raillez-vous, mon frère ?... Plutôt mourir ! mon frère, n’avez-vous pas peur de Dieu ?

LE COMTE, avec fureur.

Malédiction ! je renonce à Dieu. — Je l’aurai.... ou ta vie.

Le duc veut en vain répliquer, des gardes l’entraînent, et la duchesse reste au pouvoir de Guillaume.

Dans la scène suivante, l’époux malheureux vient raconter sa