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la vérité des faits, il déroulera sans gêne et sans scrupule son action dramatique, courant au seul développement de sa pensée, enjambant les invraisemblances, et marchant sur les absurdités avec un sang-froid qui ôte même le pouvoir de rire. Je vous le dis, une telle œuvre est admirable à étudier. C’est toute une intelligence, toute une âme de cloarec armoricain. Ici les anachronismes et les contresens sont des beautés ; ils datent l’œuvre et la timbrent.


§. II.
Saint Guillaume, comte de Poitou y drame breton en sept actes et en vers.

« Je suis le comte de Poitou, seigneur tout puissant et le plus brave qui soit sous le ciel ; oui, je ne crois pas qu’il y ait sur la terre ronde un homme plus vaillant et plus éhonté que moi. »

Tels sont les quatre premiers vers que prononce Guillaume en entrant en scène. Suit un long monologue dans lequel il se fait connaître avec une impartialité quelque peu effrontée. Les monologues sont fréquens dans les tragédies bretonnes. Nos auteurs campagnards étaient en cela précisément aussi avancés que les poètes du grand siècle. Ils n’avaient rien trouvé de plus simple que de constituer chaque acteur son propre hérault, que de le faire s’annoncer en personne, et raconter d’où il venait et ce qu’il voulait faire, par la raison sans doute que nul ne devait savoir toutes ces choses aussi bien que lui-même. Le comte de Poitou ne manque pas à l’usage. Après avoir appris qui il est, d’où il vient, il dit ce qu’il veut : il veut de l’argent, car ses coffres sont vides. Mais l’argent est rare dans le pays. Le comte envoie vainement son trésorier sommer l’évêque, le sénéchal et le gouverneur de la ville (Dieu seul sait quelle ville !) de lui fournir chacun une forte somme ; tous trois s’y refusent, et les bourgeois se joignent à eux pour hausser le pont-levis de la cité et en refuser l’entrée au comte. Mais celui-ci accourt., furieux, il force les portes, tue le gouverneur, et les autres tombent à genoux devant lui, en criant miséricorde : — Je vous pardonne et je vous accorde la vie, leur dit généreusement Guillaume. — En retour, les habitans reconnaissans lui donnent leur argent.

Tout cela se passe en trois scènes !

Cependant le comte de Poitou a un frère qui est duc, vertueux et marié.