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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/375

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«Jusqu’au revoir, geôlier, et surtout ne vous fiez pas trop à votre femme, maintenant que vous avez chez vous ce beau courtiseur : le sexe est fragile, et la saison n’est pas saine pour les maris. »

LE GEOLIER.

C’est bon, allez, plaisant ! — Il n’y a pas de garçon, quelque charmant qu’il soit, que je craigne de voir se chauffer à mon feu.

Ces grossières plaisanteries, ces mœurs, cet amour de lionne, tout cela ne sent-il pas siècle de Catherine, un d’intrigues ardentes et de naïvetés obscènes ? Tout est de l’époque dans ce tableau, sauf la chasteté de Joseph, qui était fournie par l’histoire.

Cette scène a pu donner aussi au lecteur une légère idée des drames bretons. Ce qui les distingue comme toutes les autres poésies celtiques, c’est surtout la sincérité candide, la réalité intime, un tact instinctif à défaut d’art. On a pu remarquer déjà dans les poèmes chaulés quelle crédulité de cœur accusaient généralement la gravité enfantine des détails et ce mélange charmant de grandes et de petites choses, de délicatesse sentimentale et de plaisans préjugés. Mais tous les caractères déjà observés vont se dessiner d’une manière bien autrement arrêtée dans les tragédies populaires. Dans toute littérature, les pièces de théâtre sont, en effet, les peintures les plus vraies des croyances de l’époque. Les autres compositions ont toujours quelque chose d’individuel, mais les drames sont les poèmes de tout le monde. Pensés devant la grande image du peuple juge, ce sont des œuvres faites pour la foule et qui lui appartiennent. Pour qu’ils remuent celle-ci dans ses entrailles, il faut qu’ils lui parlent le langage qu’elle comprend, qu’ils caressent les fantaisies qu’elle aime. L’auteur dramatique est un médecin poétique qui donne sa consultation sur le siècle : applaudi s’il a trouvé les malaises et les plaies, hué s’il parle de maux que l’on ne ressent pas ; non que la conception tragique doive nécessairement, pour être comprise, reproduire des faits habituels ou même vraisemblables ; mais il faut que la combinaison la plus fantastique réponde à une pensée de la foule, sinon à un fait existant ; il faut que le roman offert aux yeux de tous ait existé dans le cœur, sinon dans la vie du plus grand nombre, car ce que le peuple va surtout chercher au théâtre, c’est un aliment à cette avidité du romanesque qu’il ne peut satisfaire dans le monde réel ; tout ce qu’il ne peut dépenser d’imagination, d’intelligence ou de passion dans son existence positive, il vient l’apporter au théâtre ; là, si j’ose le dire, est la caisse d’épargnes de ses sympathies et de ses haines.

Les théâtres nationaux sont donc les documens les plus précieux de