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Sans murmurer, aidons à l’humaine corvée,
Car le maître, c’est Dieu !


A analyser rigoureusement le dernier recueil de Mme Tastu, on y peut faire plusieurs remarques critiques qu’un esprit aussi judicieux que le sien appréciera. La plus longue pièce du volume est le poème de Peau-d’Ane, et Peau-d’Ane, dans l’intention du poète, tout en conservant bien des charmantes naïvetés premières, relevées dans un rhythme svelte et élégant, Peau-d’Ane est devenu un mythe. Comme les amours de Psyché expriment une métamorphose de l’âme, les destinées de Peau-d’Ane représentent, selon le poète, les destinées du siècle, de ce Siècle-Midas, de ce siècle prose, lequel, sous son enveloppe matérielle, cache un germe, à demi clos, de foi, de poésie et de beauté. Peau-d’Ane, en un mot, est un mythe social, dont la pensée se produit dans les chants qui terminent chaque journée. Il y a des momens aussi où l’on sent sous l’emblème la personne même de l’auteur, et la plainte naturelle de cette muse forcée trop souvent de quitter la robe d’azur de la poésie pour le rude vêtement de la prose. Tout cela est plein de grâce, plein d’un art ingénieux sans doute ; mais on a quelque peine à saisir l’idée, à la dégager de l’entourage qui l’enchâsse. La précision même des détails nuit peut-être à une plus libre intelligence ; l’auteur suit trop pas à pas son chemin ; on s’aperçoit bien qu’on n’a point avec lui affaire à une pure fantaisie, mais on ne sait trop où il en veut venir. Puis, quand arrive par places l’idée du mythe, elle tranche nettement avec tout le détail enjoué de narration qui a précédé : on n’était pas suffisamment averti ; rien n’avait transpiré ; cet ensemble ne s’annonçait pas environné d’assez de vapeur. Je préfère, en fait de morceau de quelque étendue, l’Etude de Dante, à bon droit dédiée à M. Fauriel. L’application sérieuse qui s’y découvre sied bien à la dignité du sujet. L’imprécation sur Florence, que le poète traduit et développe en la détournant à notre patrie, a conservé sa mâle beauté et atteste combien les espérances patriotiques de ce noble cœur ont essuyé d’amertumes aussi et de désabusemens. Ces désabusemens, avouons-le, lui sont venus surtout de l’excès des impatiences et des appels menaçans à la force ; dans la pièce de Lafayette, son vœu et sa prière s’adressent à cette trop vive