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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/367

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De ceux qui, dans la course en commun à la gloire,
T’offraient leurs rangs ouverts.

Mais plusieurs de ceux-là, mais presque tous, je pense,
Vois-tu ? belle Ame en deuil, depuis ce jour flatteur,
Victimes comme toi, sous une autre apparence.
Ont souffert dans leur cœur.

L’un, dès les premiers tons de sa lyre animée,
A senti sa voix frêle et son chant rejeté,
Comme une vierge en fleur qui voulait être aimée
Et qui perd sa beauté.

L’autre, en poussant trop haut jusqu’au char du tonnerre
S’est dans l’âme allumé quelque rêve étouffant.
L’un s’est creusé, lui seul, son mal imaginaire ;...
L’autre n’a plus d’enfant !

Chacun vite a trouvé son écart ou son piège ;
Chacun a sa blessure et son secret ennui,
Et l’Ange a replié la bannière de neige
Qui dans l’aube avait lui.

Et maintenant, un soir, si le hasard rassemble
Quelques amis encor du groupe dispersé,
Qui donc reconnaîtrait ce que de loin il semble.
Sur la foi du passé ?

Plus de concerts en chœur, d’expansive espérance ;
Plus d’enivrans regards ! la main glace la main.
Est-ce oubli l’un de l’antre et froide indifférence,
Envie, orgueil humain ?

Oh ! c’est surtout fatigue et ride intérieure,
Et sentiment d’un joug difficile à tirer.
Chacun s’en revient seul, rouvre son mal et pleure,
Heureux s’il peut pleurer !

Ils cachent tous ainsi leurs blessures au foie,
Trop sensibles mortels, éclos des mêmes feux !