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Chaque coup du ballant sonore
Me semble jeter des sanglots.

Pourquoi ? Dans la tour isolée
C’est le même timbre argentin.
Le même hymne sur la vallée,
Le même salut au matin.

Ah ! c’est que, depuis le baptême,
Le mélancolique instrument
A tant sonné pour ceux que j’aime
L’agonie et l’enterrement !

C’est qu’au lieu des jeunes prières,
Ou du Te Deum triomphant.
Il fait vibrer les froides pierres
De ma mère et de mon enfant !....

Ainsi quand ta voix si connue
Revint hier me visiter,
Je crus que du haut de la nue
L’ancienne joie allait chanter.

Mais hélas ! du divin volume,
Où tes doux chants m’étaient ouverts,
Je ne sais quel flot d’amertume
Coulait en moi dans chaque vers !

C’est toujours le même génie !
La même âme, instrument humain !
Mais avec la même harmonie
Comme tout pleure sous ta main !

Ah ! pauvre mère ! ah ! pauvre femme !
On ne trompe pas le malheur ;
Les vers sont le timbre de l’âme ;
La voix se brise avec le cœur !

Toujours au sort le chant s’accorde ;
Tu veux sourire en vain, je vois