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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/364

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sur la Montagne, quelle, interrompant un peu sa tâche, elle s’écriait dans une plainte étouffée :

O Monde ! ô Vie ! ô Temps ! fantômes, ombres vaines,
Qui lassez à la fin mes pas irrésolus,
Quand reviendront ces jours où vos mains étaient pleines,
Vos regards caressans, vos promesses certaines ?
Jamais, ô jamais plus !

L’éclat du jour s’éteint aux pleurs où je me noie,
Les charmes de la nuit passent inaperçus ;
Nuit, jour, printemps, hiver, est-il rien que je voie ?
Mon cœur peut battre encor de peine, mais de joie
Jamais, ô jamais plus.

Lorsqu’on subit à ce degré le poids de la douleur présente, monotone, effective, on sent trop fort pour pouvoir beaucoup chanter. Un gémissement si vrai n’a rien de l’élan des âmes tourmentées à plaisir et remuées, qui s’enfoncent elles-mêmes l’aiguillon. M. de Lamartine le pensait aussi, lorsqu’à la lecture de ce dernier volume et sous l’émotion de cet amer sanglot, il écrivait à Mme Tastu les vers suivans, lui, le consolateur affligé, qui en avait déjà adressé de si pénétrans à Mme Desbordes-Valmore :

Dans le clocher de mon village
II est un sonore instrument,
Que j’écoutais dans mon jeune âge
Comme une voix du firmament.

Quand, après une longue absence.
Je revenais au toit natal,
J’épiais dans l’air, à distance,
Les doux sons du pieux métal.

Dans sa voix je croyais entendre
La voix joyeuse du vallon,
La voix d’une sœur douce et tendre.
D’une mère émue à mon nom.

Maintenant, quand j’entends encore
Ses sourds tintemens sur les flots.