Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/353

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Tout doit être fêtes et pompes diplomatiques à Londres ; le comte Pozzo est chargé de reproduire dans tout leur éclat les réunions de la princesse de Liéven que l’aristocratie n’a pas oubliées ; son salon sera le centre de ce beau monde de noblesse et de pairie qui tient en Angleterre une si haute place ; le roi va le combler de caresses, on se flatte même que M. Pozzo exercera une certaine influence sur les opérations du parlement, et en ceci on se trompe. De l’autre côté du détroit, on est profondément national, toute influence étrangère est rejetée avec indignation ; on se garde bien de consulter un ambassadeur sur le choix d’un speaker ou le vote d’une mesure parlementaire ; le parti tory lui-même, quoiqu’il s’intitule parti européen, a également ce sentiment d’orgueil du pays. Dans les affaires étrangères, M. Pozzo pourra bien s’entendre avec les ambassadeurs des puissances, mais pour l’intérieur il agira seul et par son propre crédit.

Au château des Tuileries, le départ de M. Pozzo a causé une vive peine ; non-seulement on appréciait la finesse et l’habileté de ses manières, mais encore on le considérait comme une garantie de bons rapports avec la Russie et l’Europe ; quand il venait dans les soirées, on le comblait de politesses et de prévenances ; on savait qu’il avait fait d’excellentes notes sur les événemens de juillet et la royauté du 7 août : il avait justifié un à un les faits qui avaient éclaté en France depuis cinq ans. On croit voir dans ce rappel un symptôme de complications politiques. L’opinion personnelle du roi a été jusqu’ici que, les affaires de l’extérieur se maintenant, il viendrait toujours à bout de l’intérieur ; il a présente à sa pensée la révolution d’Espagne en 1820, et avant cette révolution, les cent jours ; il sait que les hostilités morales de l’étranger à l’égard de son gouvernement susciteraient mille embarras. Le départ de M. Pozzo ne sera-t-il pas suivi de celui de M. d’Appony ? Et M. de Werther ne demandera-t-il pas également ses passeports ? Cela est exagéré. Nous ne croyons pas que l’Europe en soit venue à ce point, de nous traiter avec cette indifférence et ce mépris ; ne plus nous laisser que des chargés d’affaires, ce serait rompre tous les grands rapports qui s’établissent nécessairement entre les divers peuples ; la France est indispensable à la balance européenne. C’est une bouderie et rien de plus ; elle passera sans doute comme tant d’autres orages qui se sont dissipés depuis les événemens de juillet.

Au milieu des bals, des concerts qui se multiplient aux Tuileries, de ces pompes aux mille bougies que la fraction aristocratique ralliée au gouvernement de juillet trouve maintenant un peu mieux composées, dans ce fracas de fêtes où la bourgeoisie se compte et d’où l’épicier est totalement exclu, qui n’a remarqué la sombre physionomie du roi, cet