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MUSICALE.




En vérité, depuis le commencement de la saison d’hiver, l’administration du Théâtre-Italien a fait preuve d’un zèle singulier, d’une infatigable sollicitude à l’égard du public. Après avoir réuni la plus admirable troupe qui se puisse trouver, des chanteurs dont les noms seuls asssuraient trois ans encore, au moins, les succès de l’entreprise, voilà qu’elle appelle aujourd’hui une à une les jeunes gloires de l’Italie ; hier c’était le tour de M. Bellini, qui arrivait tout chargé des lauriers de Florence et de Naples ; plus tard viendra Donizetti, l’auteur d’Anna Bolena. Pour des chanteurs anciens, c’est entendus déjà que je veux dire, elle a fait composer des opéras nouveaux, afin de tenir plus qu’elle n’avait promis, différente en cela d’une administration, autrefois sa rivale, dont le directeur se complaît à rédiger tous les ans, aux approches de l’hiver, une sorte de programme dont il se sert comme d’une glu, qui tient le public en attente de plaisirs qui n’arrivent jamais. C’est encore là une marque de distinction entre l’Opéra français et le Théâtre-Italien, mais dont ce dernier sera peu fier, je pense, car il en a tant d’autres, et de plus glorieuses, à faire valoir. Toutefois, si cet empressement louable dans la pensée qui le dirige sert à varier les émotions de la foule, à coup sûr, il n’augmentera, ni ses connaissances, ni son goût musical, qui semble se pervertir de jour en jour. Pendant qu’on chante les Puritains, Don Juan repose, et le commandeur de marbre ne se souvient plus des sonores accords que Mozart éveilla dans sa poitrine, et bientôt, lorsque toutes les voix du chœur et de l’orchestre seront occupées autour de la partition de Donizetti, que deviendra