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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/344

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est possible, car il existe en Pologne, en Allemagne, en Italie ; il est possible, mais là seulement où règne l’absolutisme, et là où il s’efforce de régner. A quoi partout aspirent les peuples, si ce n’est à s’en affranchir ? Pourquoi combattent-ils, sinon pour leur vie, leurs biens, leur liberté d’homme ? Ils se sont fatigués, c’est leur crime, du 93 des rois. Contemplez l’Europe : qui aujourd’hui emprisonne en masse, qui torture, qui confisque, qui fusille, qui mitraille et tue ? Ce que la Convention même ne fît pas, les souverains le font sans remords. Elle ne jetait point au fond des mines les Vendéens échappés au carnage ; elle n’ordonnait point à la cavalerie de passer sur le corps de malheureux, réfugiés couchés à terre et demandant, pour toute grâce, de n’être pas livrés à leurs bourreaux ; elle n’arrachait point les enfans du sein de leur mère pour les distribuer, comme des têtes de bétail, à des étrangers : elle ne transportait point des populations entières dans des pays lointains, pour leur ôter tout, jusqu’à l’air et au soleil de la patrie ; elle ne choisissait point arbitrairement de nouveaux juges à ceux qu’avaient acquittés ses tribunaux, pour repousser leur tête sous la hache ; elle ne refusait ni des alimens, ni un lit, ni les secours de la médecine, ni des moyens de distraction, aux détenus enfermés et non enchaînés dans ses prisons. L’avenir, certes, ne l’absoudra point ; mais d’autres, croyez-le bien, seront condamnés avant elle, et plus sévèrement qu’elle : ils ploieront dans l’histoire sous de plus pesantes malédictions.

S’il est conforme à l’ordre éternel qu’aucune tyrannie ne subsiste ; si plus une tyrannie est énorme, atroce, plus elle est près de sa fin, l’Europe touche à de grands événemens, et les nations à leur délivrance. La lutte engagée sera terrible, car chacun sent que c’est la dernière, mais l’issue n’en est pas douteuse. La justice triomphera, parce que la justice, c’est Dieu. Rassurez-vous donc, vous qu’anime le saint amour de l’humanité. Elle a devant elle un but, elle y marche, et nul obstacle ne l’empêchera de l’atteindre. Que les rois s’entendent contre les peuples, les peuples s’entendront contre les rois. Ne craignez point, ils se feront passage : quelques sceptres en travers n’arrêtent pas le genre humain.


F. DE LA MENNAIS.