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monarchie, pourvoir à sa perpétuité ! Est-ce de son habileté qu’on la louera ? Elle a paru en effet cette habileté dans la question belge, après quatre années de négociations, aussi avancée que le premier jour ; elle a paru en Portugal, en Espagne, en Orient ; elle a paru à l’occasion de la dette américaine, bien qu’ici voilée de certains nuages que nous laissons à d’autres le soin de percer. Que si, aveuglés par des préventions, nous ne sommes pas justes envers elle, qu’elle parle elle-même, qu’elle raconte ses œuvres. Mais elle les a racontées, elle a parlé, et nous l’avons tous entendue. Le ministère est venu présenter à la tribune les titres glorieux du gouvernement à la reconnaissance nationale, exalter ses triomphes, étaler ses trophées. A-t-il dit, comme l’aurait pu faire un ministre de Charles X : « Le roi a délivré l’Europe des pirates africains, en vengeant la justice et en servant l’humanité, il a doté la France d’une colonie magnifique ; en un mot, il a pris Alger ? » Est-ce là ce qu’a dit à la chambre le ministre de Louis-Philippe ? Non, pas tout-à-fait, il a dit : « Le roi a pris sa nièce.»

Plusieurs causes ont favorisé le succès passager du système dont la France subit l’inexprimable honte. Partagée en divers partis, elle n’a pas opposé à l’oppression une résistance compacte. Après quelques vaines tentatives d’action, les hommes de la légitimité et du droit divin, peu d’accord entre eux, sont rentrés dans une inertie politique complète ; débarrassé de ceux-ci, qui ne forment d’ailleurs en France qu’une assez faible minorité, le pouvoir n’a rien négligé pour diviser les autres. Il s’est rattaché la haute bourgeoisie, l’aristocratie d’argent, par le monopole industriel, la bourgeoisie moyenne par le monopole électoral, la petite bourgeoisie par la crainte de l’émeute. Après avoir ainsi muselé la bourgeoisie, et l’avoir séparée du peuple, qu’il lui représente comme son ennemi naturel, irréconciliable, il a pu travailler, sans risque immédiat, à commencer le servage de celui-ci, détruire l’une après l’autre, avec l’appareil des formes légales, ses libertés conquises en juillet, identifiant les libertés avec la république, et la république avec l’anarchie.

Mais ces déceptions ne peuvent avoir qu’un temps. Déjà chacun s’éclaire et sur les choses en général et sur sa position particulière. Le vieux légitimisme se dissout. Il s’en forme un nouveau qui, dominé par l’esprit du siècle, prend son point d’appui dans la