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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/339

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Quand les vieux Romains s’approchaient des autels de la Peur, c’était pour la conjurer, ce n’était pas pour y chanter des hymnes en l’honneur de la tyrannie. Le mot de république, tel que la France l’entend, ne signifie que l’exclusion d’un pouvoir héréditaire, le gouvernement de la nation par la nation, et c’est là-dessus qu’on doit se décider. Entre cela et le pur despotisme, heureusement impossible, point de milieu stable, mais des déceptions fugitives, des troubles perpétuels, d’indicibles souffrances, des luttes acharnées, et chaque jour, à chaque heure, en perspective une révolution !

Vous avez, depuis quatre ans, une monarchie nouvelle, purgée, dit-on, des vices de celle qui l’a précédée. Supputez ce qu’elle vous coûte, regardez ce qu’elle a fait. Je laisse de côté les turpitudes, l’exploitation des places, les marchés honteux, les sales tripotages de bourse et de budget, les dilapidations, les corruptions publiques et secrètes. Considérez seulement les nécessités où a été conduit le principe dynastique pour sa propre conservation, ses actes au-dedans de la France, et sa politique au-dehors.

Neuf cents millions ajoutés au déficit, voilà d’abord votre gain à vous, peuple qui payez ! On vous a gracieusement ménagé ce placement de vos fonds, comme le plus avantageux de tous, selon la doctrine économique du ministère. Peut-être demanderez-vous pourquoi ces dépenses énormes ? Pour solder quatre cent mille soldats qu’exige la défense du trône. Faudrait-il quatre cent mille soldats pour défendre le peuple contre le peuple ? Il est vrai qu’alors vous n’auriez ni état de siège ni mitraillades, ni des drames tels que ceux de Lyon et de la rue Transnonain. On ne saurait où faire de l’ordre public.

Passons à ce qui touche la liberté. Celle de la presse, qu’en a-t-on fait ? Après l’avoir surchargée d’entraves fiscales, jugée dangereuse encore pour les intérêts dynastiques, on l’a ruinée par des amendes, et jetée pêle-mêle avec les brigands, les voleurs, les assassins, dans les bagnes et dans les cachots. Sur toutes choses, que le peuple ne lise point ! Où en serions-nous, si l’instruction arrivait jusqu’aux prolétaires, jusqu’à ces barbares qui menacent notre civilisation, qui sont tout près de penser qu’eux aussi sont hommes, qu’eux aussi ont une patrie, et des droits dans cette pairie, au