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conquêtes, tout se rapportait au même centre ; les Romains n’étaient que des cultivateurs armes ; ils labouraient leurs champs, étendaient leurs limites, le glaive à la main ; en portant la cuirasse, ils invoquaient Triptolème et la déesse des moissons. Entre Rome conquérante et Rome agricole, se trouvait donc un lien plus intime encore que celui qui subsiste, après six siècles, entre la France féodale et la France renouvelée. Un poète romain qui parlait des champs et du labourage était sûr d’émouvoir la sensibilité nationale. Son inspiration était pieuse et patriotique ; il invoquait les vieilles divinités du pays ; il descendait jusqu’au germe originel de l’institution romaine. La grande division de la société, chez les enfans de Romulus, n’était-ce pas, d’une part, la propriété territoriale de l’agriculteur, et, d’une autre, la non-propriété du journalier ? Les cérémonies n’étaient-elles pas toutes agricoles ? Et les poulets sacrés, et les Lupercales, et toutes les fêtes romaines ne rappelaient-elles pas vivement ces habitudes primitives ? Les héros du vieux monde romain n’étaient-ils pas des héros rustiques ? Avec quel sérieux, avec quelle conviction de la sainteté du devoir qu’il remplit, Virgile dit les travaux des champs et explique quid faciat lœtas segetes ! Ce n’est pas un homme de cabinet qui choisit une amplification de rhétorique, et qui compte sur l’éclat varié des couleurs et sur la rapide succession des tableaux ; c’est un prêtre de Rome antique ; Romulus et la Mère Vesta,

Romule Vestaque mater,

sont toujours devant ses yeux ; il se place sous la protection immédiate des dieux de la patrie, des dieux du sol ; il répète et redouble l’expression qui les indique :

Dii patrii, indigetes !


L’inspiration de Cowper est aussi profondément anglaise, que celle de Virgile est profondément romaine.

A peine cette voix mélancolique eut-elle jailli de la solitude, tous les âmes sensibles à la poésie furent émues. Cowper reprochait à l’Angleterre son luxe, ses travers, ses querelles