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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/239

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se réunissaient autour d’un principe commun qui était leur force. Les calvinistes avaient des liaisons avec toute l’Europe réformée ; Henri IV les trahissant, ils auraient pu se grouper autour d’un autre chef, le prince de Condé ou le duc de Bouillon. C’est ce que le roi craignait ; et voilà pourquoi il travailla si assidûment à la rédaction de l’édit de Nantes, grande charte du parti réformateur en France. La masse des huguenots fut satisfaite ; il ne resta plus en dehors que quelques mécontentemens féodaux qui éclatèrent avec la conspiration du duc de Bouillon : ils furent réprimés par la prise de Sedan et la confiscation instantanée du duché-pairie.

Quant aux parlementaires et à la bourgeoisie, ils furent un peu désenchantés de leur enthousiasme pour Henri IV. L’administration du roi fut travailleuse, pleine de sollicitude pour la prospérité publique ; mais elle n’eut point de résultats populaires. Les partis étaient vivaces encore ; l’oubli du passé ne fut pas tellement complet, que les ligueurs ne dussent être inquiets du nouveau règne. Il suffit de parcourir les registres et les monumens du temps pour se convaincre de combien d’attentats la vie de Henri IV fut menacée. Tout murmurait, les halles, les métiers, la judicature même, qui avait cru voir dans l’avènement du Béarnais le retour de l’âge d’or, des lois et des franchises. Henri fut plutôt le roi des gentilshommes que le roi du peuple : il avait un mépris militaire et chevaleresque pour les bourgeois et les hommes de robe ; enfant des armes et de la conquête, il ne pouvait souffrir les remontrances de la bourgeoisie et des parlemens qui venaient s’interposer entre lui, ses projets et ses plaisirs. C’était le prince féodal, vainqueur de la commune, le brave et digne Gascon des temps du Prince Noir et de la domination anglaise dans la Guienne ; et plus d’une fois il invoqua les souvenirs des gonfanons, mi-parti de Gascogne et d’Angleterre, pour appeler l’alliance d’Elisabeth. Toutes ses distractions se ressentent de l’époque chevaleresque ; son code est cruel, quand il s’agit de protéger les forêts séculaires, ces hauts taillis où le cerf fuyait devant la meute haletante des seigneurs hauts terriens ; il insulte jusqu’à la fustigation et aux outrages des procureurs et des gens de judicature qui avaient refusé de céder à ses gentilshommes les mets de leur dîner. Vainement les bourgeois remontrent-ils pour leurs privilèges, lorsqu’ils voient s’élever de petites bastilles à chaque coin des portes de Paris pour la sûreté de la royauté chancelante : Henri IV repousse leurs plaintes avec un ton gascon et goguenard qui couvre de mépris les souvenirs de l’hôtel-de-ville, du beffroi municipal et des confréries ligueuses.

C’est dans les relations extérieures que Henri IV conserve une