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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/218

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Prusse et dans la Silésie, dans la Suisse, la Lorraine, les Pays-Bas, les capricieuses sinuosités que décrit la langue germanique. Quant au peuple, nous le retrouvons partout. L’Allemagne a donné ses Suèves à la Suisse et à la Suède, à l’Espagne ses Goths, ses Lombards à la Lombardie, ses Anglo-Saxons à l’Angleterre, ses Francs à la France. Elle a nommé et renouvelé toutes les populations de l’Europe. Langue et peuple, l’élément fécond a partout coulé et pénétré.

« Aujourd’hui même que le temps des grandes migrations est passé, l’Allemand sort volontiers de son pays ; il y reçoit volontiers l’étranger. C’est le plus hospitalier des hommes. Entrez sous ce toit pointu, dans cette maison de bois bariolée ; asseyez-vous hardiment près du feu ; ne craignez rien, vous obligez votre hôte. Telle est la partialité des Allemands pour l’étranger. L’Autrichien, le Souabe, si maltraités par nos soldats, pleuraient souvent au départ des Français. Dans telle cabane enfumée, vous trouverez tous les journaux de la France. L’Allemand sympathise avec le monde ; il aime, il adopte les modes, les idées des autres peuples, sauf à en médire.

« Le caractère de cette race qui devait se mêler à tant d’autres, c’est la facile abnégation de soi. Le vassal se donne au seigneur ; l’étudiant, l’artisan, à leurs corporations. Dans ces associations, le but intéressé est en seconde ligne ; l’essentiel, ce sont les réunions amicales, les services mutuels, et ces rites, ces symboles, ces initiations qui constituent pour les associés une religion de leur choix. La table commune est un autel où l’Allemand immole l’égoïsme ; l’homme y livre son cœur à l’homme, sa dignité et sa raison à la sensualité. Risibles et touchans mystères de la vieille Allemagne, baptême de la bierre, symbolisme sacré des forgerons et des maçons, graves initiations des tonneliers, des charpentiers ; il reste bien peu de tout cela, mais dans ce qui subsiste, on retrouve cet esprit sympathique et désintéressé.

« Rien d’étonnant, si c’est en Allemagne que nous voyons, pour la première fois, l’homme se faire l’homme d’un autre, mettre ses mains dans les siennes et jurer de mourir pour lui. Ce dévouement sans intérêt, sans condition, dont se rient les peuples du midi, a