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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/215

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le cadre de l’histoire. Nous avons assez de faits à retracer, assez de révolutions à dépeindre, assez de siècles à faire passer comme d’imposans témoins, l’un après l’autre, sous nos yeux. Dans les livres sacrés, nous trouvons les images grandioses, le ton harmonieux et les idées sublimes dans leur simplicité. Dans les écrivains antiques, nous avons un guide et presque toujours un modèle. Le moyen-âge nous offre ses trésors d’érudition ; les sources nous sont connues, il n’y a qu’à y recourir ; nous sommes assez loin des discussions théologiques des premiers temps de l’église, pour ne pas y prendre ce qu’elles ont de faux et d’outré, et de la critique des encyclopédistes, pour échapper à leur scepticisme. Nous pouvons nous placer à l’écart de l’esprit de parti, et juger, d’après les besoins de l’époque, d’après les faits, non point d’après d’inflexibles prévisions, la lutte des papes avec la puissance civile, la lutte des rois et des grands avec le peuple, Grégoire VII et l’empereur Henri IV, Louis-le-Gros et les communes, Luther et Léon X, Henri VIII et Philippe II, Louis XIV et l’édit de Nantes, voire même Robespierre et la Gironde. Nous pouvons, sans nous faire accuser de partialité, dire la nécessité des monastères, et sans adopter le rigoureux système de Bossuet, comprendre ce qu’il a de grand et d’élevé.

Ce qui prouve que notre époque est éminemment appropriée aux besoins et aux exigences de l’histoire, c’est cette quantité de belles et larges œuvres historiques auxquelles elle a donné naissance. Voyez les brillans essais, les jets hardis, les données profondes de M. Guizot ; voyez les recherches si savantes et si consciencieuses de M. Augustin Thierry, cet Homère de l’histoire ; voyez le livre de M. Thiers et celui de M. Mignet, et les études pleines de savoir et de poésies de M. de Chateaubriand, et les ouvrages de M. de Sismondi, que l’on prendrait pour une œuvre de bénédictin, à leur richesse de texte, à leur prodigalité d’érudition. Voyez tout ce qu’ont fait MM. Lacretelle, Monteil, Capefigue, Lémontey, en s’attachant aux diverses phases de notre monarchie, en la prenant par règne et par grandes masses. Voyez cette œuvre de M. Michelet, cette nouvelle histoire de France, pour nous qui n’avons point encore d’histoire de France. M. Michelet a vu blanchir ses cheveux sous la fatigue des veilles et du