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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/162

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et sommeillant sur la pierre comme une pauvre colombe de mer tapie dans un creux de rocher. Cependant les soldats s’appelaient dans la montagne ; la mer brisait à la porte de la tente, et grondait comme une foule impatiente d’entrer, et un rayon de la lune se glissait dans les noirs enfoncemens de notre caverne.

Le jour suivant nous nous embarquâmes pour aller enfin au lazaret promis, à cette maison ou plutôt cette chambre de santé, comme on l’appelait, où une trentaine de personnes auraient été un peu à l’étroit, mais du moins abritées contre le froid, la pluie et le vent. Ce bonheur, si mince qu’il fût, devait encore nous être refusé. Le vent, toujours contraire, était plus violent que la veille, et notre frêle barque ne put passer une certaine pointe à moitié chemin de Porto-Ercole. Il fallut revenir tristement. En route, le sergent déchu qui partageait notre sort, et courait avec nous nos nouvelles chances de submersion, nous apprit que probablement on attendrait, pour nous donner notre liberté, une décision de Livourne, ce qui nous offrait en perspective encore une semaine de l’agréable vie que nous menions depuis deux jours. Cette fâcheuse nouvelle ne nous fut que trop confirmée par ce que nous vîmes en revenant au lieu d’où nous étions partis ; le premier objet qui frappa nos regards, fut le capitaine dans un pourparler très animé avec le député d’Orbitello. La véhémence de ses gestes, l’emportement de ses discours, la violence de ses imprécations et de ses invectives, nous paraissaient peu propres à persuader ou à séduire. Enfin, nous le vîmes de notre barque se rouler par terre, au moment où le député se retirait, emportant son espérance et la nôtre. Le pauvre capitaine se voyait refuser, par cette inflexibilité du principe de quarantaine, toute possibilité de rien tenter pour sauver son Intiment. Notre retour était pour lui une dernière disgrâce, car il avait compté que la barque, après nous avoir conduits à Porto-Ercole, lui rapporterait des provisions, et elle lui ramenait, au lieu de vivres, des bouches affamées. D’autre part, le temps paraissait devoir changer. La pluie menaçait. Or, notre situation, peu commode par un beau temps, devenait intolérable par un mauvais. On n’avait trouvé d’endroit un peu uni pour y placer la tente que le lit desséché d’un torrent ; partout ailleurs, les rochers entassés dans un affreux désordre, ne permettaient pas un