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l’histoire ne peut guère se séparer de celle de la critique littéraire elle-même, est, suivant moi, beaucoup plus exact en général, plus en manière d’extraits, d’analyses, plus terre-à-terre, si l’on veut, mais plus solide, plus judicieux aussi. La création, la verve, l’esprit à profusion et en pure perte, ne lui viennent que depuis lors : il ne faudrait pas trop porter dans l’examen des anciens journaux la préoccupation et les exigences de nos habitudes surexcitées d’aujourd’hui. Il y a dans ces deux portions à peu près successives de l’histoire du journal, une belle et récente moitié que personne n’est plus appelé que M. Janin à faire valoir et à remettre en jeu avec bonheur. Quant à l’autre portion antérieure, il n’a qu’à modérer un peu l’impétuosité naturelle de sa verve, à la laisser de côté parfois, à la retarder, à l’appesantir, s’il lui est possible, à l’instar des anciens critiques et journalistes qu’il aura à nous analyser, pour faire un cours et un livre aussi précieux à notre histoire littéraire que plein d’agrément à coup sûr, et de couleur ; ces dernières qualités sont trop bien à lui pour lui manquer jamais.


— MM. Michaud et Poujoulat poursuivent activement la publication de leur Correspondance d’Orient. Le cinquième volume, qui vient de paraître, renferme sur l’Egypte et la Palestine des documens précieux. La diversité des impressions et du style de chacun des deux voyageurs, sans nuire à l’unité du récit, varie heureusement l’intérêt de l’ouvrage. La haute raison et la maturité judicieuse de M. Michaud corrigent implicitement, mais sans brusquerie et sans sévérité, la jeunesse enthousiaste de M. Poujoulat. Outre l’importance toute naturelle qui s’attache à la correspondance de deux hommes de bonne foi, préparés par de longues études au laborieux pèlerinage qu’ils ont entrepris, on ne doit pas oublier non plus qu’ils viennent, après un illustre voyageur, parler des mêmes lieux et des mêmes coutumes. Ce que Chateaubriand nous a retracé avec les vives couleurs de son imagination, ils nous le montrent plus sérieusement, avec un parfait désintéressement. Ils ne se laissent pas séduire par la majesté des ruines ; ce qu’ils veulent avant tout, c’est la vérité, mais la vérité telle qu’ils l’ont vue. Quand le tableau est nu, ils ne cherchent pas à l’embellir. Ils nous associent franchement à leurs espérances déçues, comme à leurs espérances dépassées. C’est une qualité rare chez le voyageur, surtout quand il ne s’agit pas de l’Angleterre ou de l’Italie. Si les touristes sont hâbleurs en parlant de la Tamise et de la Brenta, la partie est cent fois plus belle quand on peut broder un mensonge sur le Nil ou le Jourdain.

Or, il règne dans toutes les pages de MM. Michaud et Poujoulat un ton