Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/127

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


faut le croire alors, le projet de M. de Talleyrand pourra se réaliser, et la triple alliance se conclure. La santé de M. de Talleyrand s’améliorant, comme on sait qu’il a besoin de peu de travail pour produire des résultats sérieux, peut-être ira-t-il encore à Vienne. M. de Talleyrand n’écrit pas ; toutes les affaires, il les poursuit avec de la conversation et quelques conférences nettes et claires ; pour cela, il ne faut pas un immense développement de facultés physiques. Ses voitures de voyage sont de véritables chambres à coucher ; il parcourt le pays avec toutes les commodités sensuelles d’une grande maison : ce n’est pour lui qu’un changement d’air ; je ne sais même pas s’il faut parler d’air dans une voiture hermétiquement fermée de doubles stores, réchauffée en dessous par des tuyaux de chaleur. M. de Talleyrand connaît déjà Vienne ; il fit les beaux jours du congrès de 1815, et c’est là où fut alors signé le traité entre les trois puissances que le prince voudrait aujourd’hui renouveler.

Les grandes affaires se porteraient alors à Vienne, et l’ambassade d’Angleterre deviendrait plus accessible à l’active ambition de plusieurs candidats. J’ai déjà dit que, le roi se réservant spécialement la haute direction des grandes affaires à l’étranger, tous les candidats n’étaient pas également aptes, dans son esprit, à remplir les fonctions diplomatiques au dehors ; à la condition d’habileté, il faut également joindre celle de docilité : il y a eu tant de choses dites et faites depuis 1830, qu’il faut compter sur une entière discrétion. L’homme qui possède absolument cette confiance, le seul avec qui le roi ait un entier abandon, c’est le général Sébastiani, dépositaire des secrets intimes ; le choix personnel de Louis-Philippe pour l’ambassade de Londres, s’est porté sur l’ambassadeur français à Naples, parce que seul il a le dernier mot sur toutes les affaires.

Si de cette sphère toute royale, vous descendez aux affections des membres du cabinet, par rapport au choix d’un ambassadeur, voici dans quel ordre les noms ont été discutés : la partie doctrinaire portait d’abord, en première ligne M. de Broglie, en seconde M. de Saint-Aulaire, et en troisième, M. de Barante ; l’autre fraction, représentée par M. Thiers, portait d’abord M. Molé en première ligne, et M. de Rayneval en seconde. Voici maintenant les motifs de préférence ou de répugnance pour ces divers choix. Le roi ne veut pas de M. de Broglie par la raison que nous avons déjà donnée : il ne lui est pas personnellement hostile, car Mme de Broglie est une des dames les plus intimes du comité de la reine, et le duc est fort bien en cour ; mais Louis-Philippe dit à qui veut l’entendre que M. de Broglie a compromis son projet de loi sur la dette des Etats-Unis ; c’est une de ces maladresses qu’on ne doit jamais pardonner. Il n’y