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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/114

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cultivé si soigneusement les affections et l’appui, ont élu un des noms les plus avancés de l’opposition de gauche !

De la rue, l’opposition est montée aux salons, des salons au palais. N’est-il pas vrai que le prince royal formule des plaintes assez aigres, assez ouvertes contre le système doctrinaire ? M. le duc d’Orléans avait particulièrement favorisé la formation du ministère Molé ; il s’était mis en avant, avait engagé sa parole, et donné certaines assurances qu’il n’a pu tenir à cause de la rentrée du ministère actuel. L’avènement d’un cabinet auquel il eût puissamment contribué, aurait, pour ainsi dire, marqué les premiers pas du jeune prince dans la carrière royale : il y a de l’espérance lorsqu’on a devant soi une longue vie. L’intervention du duc d’Orléans dans les affaires publiques eût été un pas immense qu’on eût fait faire à la monarchie héréditaire de juillet. Il y a encore peu d’expérience et de capacité dans cette tête de vingt-trois ans ; mais enfin un cabinet qui aurait tenu de lui un peu de confiance et de force, aurait pu l’associer avec précaution à ses actes ; tout en restant constitutionnellement indépendant, le prince royal eût servi d’intermédiaire auprès de la couronne ; il se serait rompu à ce travail politique qui seul peut préparer un nouveau règne. Tout marche autour de nous, les générations s’avancent dans un avenir de progrès ; pourquoi les couronnes elles-mêmes ne se mettraient-elles pas en rapport d’études et de science de gouvernement avec le siècle éclatant de force et de lumières ?

M. le duc d’Orléans, par cela seul que son œuvre a péri, et que son œuvre lui créait une grande position, a pris en désaffection le cabinet doctrinaire ; le prince le subit, mais il l’aime moins encore que ne l’aime son père. Nous ne pourrons jamais croire que dans une jeune tête le mot de résistance puisse retentir bien fort, et ce mot de résistance n’est-il pas le principe du nouveau cabinet ? Que les esprits fatigués de leur passé, glacés par l’âge et les tourmentes, se posent comme barrière aux mouvemens de la civilisation, cela se conçoit ; mais demander à une intelligence toute neuve de prêter sa main pour repousser la chaleur et la vie de la génération à laquelle elle appartient, cela ne peut être.

On dira que, sous le système représentatif, peu importe à un cabinet d’avoir l’affection ou l’amitié d’un prince ; que la seule question pour lui, c’est d’avoir la majorité, et que le ministère actuel l’a obtenue. Cela est exact, et nous voudrions de bon cœur que l’on arrivât à cette république intellectuelle où la royauté n’est qu’un nom, et l’action de la cour un accident inaperçu ; mais puisque cela n’est pas, puisqu’il faudra peut-être encore les luttes et les sueurs d’une génération pour arriver à ce résultat, on doit dès-lors prendre les faits tels qu’ils sont. Or, la majorité qui