Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/99

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bourguignone : il alla reformer sa troupe derrière un monticule, et marcha de nouveau à l’ennemi.

Ce fut alors que l’on courut dire au duc Charles que les Suisses attaquaient. Il croyait si peu à une telle audace, que les premières décharges ne l’avaient point fait sortir de son logis ; il pensait que l’on continuait de tirer sur la ville.

Le messager le trouva dans sa chambre à moitié désarmé, sans épée au côté, la tête et les mains nues. Il ne voulut pas croire d’abord à la nouvelle qu’on lui annonçait, et lorsque le messager lui eut dit qu’il avait vu les Suisses, de ses propres yeux, attaquer le camp, il s’emporta en paroles furieuses et le frappa du poing. Au même instant un chevalier entra avec une blessure au front et son armure tout ensanglantée. Il fallut bien que le duc se rendît à l’évidence : il mit vivement son casque et ses gantelets, sauta sur son cheval de bataille qui était resté tout sellé, et lorsqu’on lui eut fait observer qu’il ne prenait pas son épée, il montra la lourde masse de fer qui pendait à l’arçon de sa selle, en disant qu’une telle arme était tout ce qu’il fallait pour frapper sur de pareils animaux. — À ces mots il mit son cheval au galop, gagna le point le plus élevé du camp, et de là, se dressant sur ses arçons, il embrassa d’un coup d’œil tout le champ de bataille. À peine eut-on reconnu, à la bannière ducale qui le suivait, le point où l’on pouvait le trouver, que le duc de Sommerset, capitaine des Anglais, et le comte de Marle, fils aîné du connétable de Saint-Pol, accoururent près de lui, et lui demandèrent ce qu’il fallait qu’ils fissent. — Ce que vous allez me voir faire, répondit le duc, en poussant son cheval vers un endroit du camp qui venait d’être forcé. C’était encore Hallewyl avec son avant-garde : repoussé d’un côté, il avait continué de tourner les retranchemens ; trouvant enfin un point plus faible, il l’avait enfoncé, et dirigeant aussitôt les canons de l’ennemi contre l’ennemi lui-même, il foudroyait presqu’à bout portant les Bourguignons avec leur propre artillerie. C’était donc vers ce point que se dirigeait le duc, et cette action avait lieu sur l’emplacement même où passe aujourd’hui la route de Fribourg.

Charles tomba comme la foudre au milieu de cette mêlée ; son arme était bien une arme de boucher, et tous ceux qu’il en frappait roulaient à ses pieds comme des taureaux sous une masse. Le com-