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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/97

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Gumenen à Laupen. Toute l’armée des confédérés réunie pouvait être de trente à trente-quatre mille hommes. Le duc de Bourgogne commandait à peu près un pareil nombre de soldats ; mais son camp paraissait beaucoup plus considérable à cause de la quantité de marchands et de femmes de mauvaise vie qu’il traînait à sa suite.

La veille il y avait eu alerte parmi cette multitude : le bruit s’était répandu que les Suisses avaient passé la Sarine. Le duc l’avait appris avec une grande joie ; toute son armée s’était mise soudain en mouvement, et il avait marché jusqu’à la crête de la montagne au-devant de l’ennemi ; mais la pluie était survenue, et chacun était rentré dans ses quartiers.

Le lendemain, le duc fit exécuter la même manœuvre. Cette fois il put apercevoir sur l’autre côté de la colline ses ennemis retranchés dans la forêt. Le ciel était sombre, et la pluie épaisse. Les Suisses, qui armaient en ce moment des chevaliers, ne faisaient aucun mouvement. Le duc, après deux ou trois heures d’attente, crut que c’était encore une journée perdue, et se retira dans ses logis. De leur côté, ses généraux, voyant la poudre mouillée, les cordes des arcs détendues, et les hommes pliant de fatigue, donnèrent le signal de la retraite. C’était le moment qu’attendaient les confédérés. À peine virent-ils le mouvement que faisait l’armée du duc, que Hans de Hallewyl cria à son avant-garde : — À genoux, enfans, et faisons notre prière. — Chacun lui obéit. Ce mouvement fut imité par le corps d’armée de l’arrière-garde, et la voix de trente-quatre mille hommes priant pour leur liberté et la patrie monta vers Dieu.

En ce moment, soit hasard, soit protection céleste, le rideau de nuages tendu sur le ciel se déchira pour laisser passer un rayon de soleil qui alla se réfléchir sur les armes de toute cette multitude agenouillée. Alors Hans de Hallewyl se leva, tira son épée, et tournant la tête du côté d’où venait la lumière, il s’écria : « Braves gens, Dieu nous envoie la clarté de son soleil ; pensez à vos femmes et à vos enfans ! »

Toute cette armée se leva d’un seul mouvement en criant d’une seule voix : Granson ! Granson ! et se mettant en marche, par-