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muraille, marchèrent vers la ville en criant ville gagnée ; mais ils trouvèrent sur la brèche une seconde muraille plus difficile à abattre que la première, muraille vivante, muraille de fer, contre laquelle les onze mille hommes du comte de Romont revinrent cinq fois se briser dans l’espace de huit heures. Sept cents soldats périrent dans ce premier assaut, et le chef de l’artillerie fut tué d’un coup d’arquebuse.

Le duc de Bourgogne se retourna comme un sanglier blessé, et se rua sur Laupen et Gumenen. Le choc retentit jusqu’à Berne, qui fut un instant en grande crainte, se voyant menacée de si près ; elle envoya ses bannières avec six mille hommes au secours des deux villes ; ce renfort arriva pour voir battre en retraite le duc Charles.

La colère du Bourguignon était à son comble. Assiégé lui-même en quelque sorte entre les trois villes qu’il assiégeait, il semblait un lion se débattant dans un triangle de feu : personne n’osait lui donner conseil ; ses chefs, lorsqu’il les appelait, s’approchaient de lui en hésitant, et la nuit ceux qui veillaient à la porte de sa tente l’entendaient avec terreur pousser des cris et briser ses armes.

Pendant dix jours, l’artillerie tonna sans interruption, trouant les remparts et ruinant la ville, sans lasser un instant la constance des habitans. Deux assauts conduits par le duc lui-même furent repoussés ; deux fois le Téméraire atteignit le sommet de la brèche, et deux fois il en redescendit. Adrien de Bubemberg était partout et semblait avoir fait passer son ame dans le corps de chacun de ses soldats ; puis, lorsqu’il avait employé toute la journée à repousser les attaques furieuses de son ennemi, il écrivait le soir à ses alliés : « Ne vous pressez point et soyez tranquilles, messieurs ; tant qu’il nous restera une goutte de sang dans les veines, nous défendrons Morat. »

Cependant les cantons s’étaient mis en route et se réunissaient. Déjà les hommes de l’Oberland, de Bienne, de l’Argovie, d’Uri et de l’Entlibuch étaient arrivés ; le comte Owald de Thierstein les avait rejoints, amenant ceux du pays de l’archiduc Sigismond ; le comte Louis d’Eptingen était campé sous les murs de Berne avec le contingent que Strasbourg s’était engagée à fournir, et qu’elle envoyait en alliée de parole ; enfin le duc René de Lorraine avait