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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/90

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l’avenir n’appartient et ne peut appartenir qu’à l’innovation, c’est-à-dire à la pensée persévérante et féconde qui ne voit dans les siècles révolus qu’un engrais pour la méditation.

Dans l’Art, pas plus que dans la Religion, dans la Loi ou dans les Mœurs, l’histoire ne peut se recommencer. Ce qui a été a eu ses raisons d’être et ne les a plus ;

Dans l’Art comme dans la Loi, la Religion ou les Mœurs, c’est folie de vouloir réconcilier et confondre dans une intime union les idées écloses dans des âges différons et dans des patries diverses ; Dans l’Art comme dans la Loi, la Religion et les Mœurs, il faut consulter les besoins de son temps pour les satisfaire ; il faut créer selon le vœu public des monumens, des statues, des symphonies, des tableaux et des poèmes, comme il faut fonder les institutions et les dogmes selon l’état intérieur des intelligences et de la société ;

C’est pourquoi, sans vouloir contester le talent et la persévérance révélés par les deux premiers principes, nous ne croyons pas qu’ils aient prise sur l’avenir. L’avenir sera le domaine exclusif de l’Invention. S’il en était autrement, l’avenir ne serait pas, car il s’absorberait tout entier dans le passé et le continuerait sans l’agrandir.


GUSTAVE PLANCHE.