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à Paganini. La bonhomie naïve, l’analyse pénétrante et déliée, la pensée sereine et puissante, inscrites sur les trois premières figures, font de ces trois portraits des chefs-d’œuvre du premier ordre ; les lignes sont simples, et les proportions gardées sont celles de la nature. La tête de Paganini, comme celle de Goethe, n’est ni simple ni harmonieuse ; il y a dans l’exaltation de cette physionomie quelque chose de fébrile et de délirant qui perd beaucoup à être exagéré ; tout comme le caractère dialectique gravé en traits ineffaçables sur les arcades orbitaires de Goethe semblait monstrueux dans le buste d’ailleurs très remarquable que David nous en a donné. En général, il n’y a que les lignes simples et harmonieuses qui puissent être impunément amplifiées ; tout ce qui est exagéré, insolite, bizarre dans la nature devient volontiers difforme en doublant de volume. Ceux qui ont vu Paganini ne seront pas étonnés en voyant le bronze qui est au Louvre ; mais il eût mieux valu simplifier sous l’ébauchoir les singularités du modèle. Sans répudier aucun des traits de la physionomie, sans exclure aucun des accens de cette tête puissante, il eût été bon de ramener toutes ces choses aux lois harmonieuses de la statuaire ; d’interpréter, sans les appauvrir, les mobiles expressions qui se succèdent et s’effacent sur la physionomie de l’artiste génois. Il y a de grandes qualités dans le buste que nous avons ; mais ces qualités seraient plus saillantes encore, si le buste exécuté dans de moindres proportions avait été modelé plus simplement.

Pareillement, le buste de Cuvier, dont les cheveux sont admirables, gagnerait beaucoup à être réduit. Les yeux et les lèvres sont très bien étudiés ; mais les lignes du profil ne sont pas assez pures pour être amplifiées. La tête est pleine d’intelligence et de sagacité, mais le caractère sénile du visage, en troublant la pureté des contours, commandait au statuaire de ne pas exagérer les misères de l’âge. Vingt ans plus tôt, le masque de Cuvier aurait été impunément amplifié dans les mêmes proportions sans présenter comme aujourd’hui le rapprochement mesquin du nez et du menton que la statuaire peut aborder quelquefois, mais qu’elle doit corriger plutôt qu’accentuer.

La sainte Cécile est gracieuse, jeune et recueillie, mais elle est trop timide pour être inspirée. La tête est belle, mais ce n’est pas