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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/83

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la nature qu’il avait sous les yeux. Cette confusion adultère de la beauté systématique et de la nature réelle ôte à ses ouvrages l’harmonie et l’unité qui éclatent si puissamment dans les ouvrages de l’art antique.

C’est pourquoi M. Pradier qui, par son exécution savante, se place au premier rang, est fort au-dessous des modèles qu’il se propose et qu’il veut rappeler.

Il est fort à regretter que M. David n’ait envoyé au Louvre, cette année, que deux bustes, un médaillon et une statue de sainte Cécile. J’aurais voulu voir exposés publiquement le modèle du Philopemen qui prendra place aux Tuileries, le modèle du bas-relief destiné à l’arc de Marseille, et aussi les portraits de Béranger, de Sieyes, de Merlin de Douai, de Grégoire. La Grèce aura bientôt une statue de jeune fille qui essaie de lire sur une pierre tumulaire le nom de Marcos Botzaris. Pourquoi tout cela n’est-il pas venu au Louvre ? Ce n’est pas assez de laisser voir ses ouvrages à quelques amis d’élite ou à quelques curieux privilégiés. M. David se doit à lui-même de montrer, toutes les fois que l’occasion s’en présente, les ouvrages dont il décore la France et dont plusieurs iront au-delà des mers pour ne plus nous revenir. Son Jefferson est aujourd’hui à Philadelphie. Encore quelques jours, et sa Jeune fille grecque partira par les soins du prince Soutzo. Heureusement, les ouvrages que nous avons cette année au Louvre peuvent donner lieu à des réflexions qui atteindront par analogie les ouvrages qui nous manquent. Béranger, Sieyes et Merlin me semblent fort supérieurs au Cuvier et au Paganini. Mais le médaillon de Casimir Périer se peut comparer aux meilleurs portraits de David. Je retrouve bien dans cette figure la volonté supérieure à l’intelligence, la colère contenue, qui faisaient le fonds du caractère du modèle. L’enchâssement de l’œil qui semble regarder l’ennemi et mesurer le danger, le pli des lèvres étroites et comprimées, signe manifeste d’une volonté opiniâtre qui s’irrite de l’obstacle, mais ne s’en laisse pas abattre ; l’écartement maladif des ailes du nez, tout dans cette physionomie pensive et souffrante révèle le tumulte intérieur qui a dévoré en quelques mois l’homme que la tribune avait épargné pendant quinze ans.

Voici pourquoi je préfère Béranger, Sieyes et Merlin à Carier et