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M. Cabat, n’est pas celle que je préfère : les terrains et le gazon à gauche sont d’une façon exquise, je l’avoue ; mais la route est dure en voulant être solide ; le bouquet d’arbres qui s’avance sur l’étang est lourd à force d’être détaillé. Plusieurs de ses petites toiles me semblent fort supérieures à celle-ci ; je citerai particulièrement celle où les arbres à gauche sont d’une ramure et d’un feuillage tellement clairs et ténus, qu’ils se découpent sur le ciel comme une dentelle. Ici l’imitation des maîtres flamands est moins prochaine et moins sensible.

Je suis loin de vouloir m’inscrire contre la popularité si promptement acquise à M. Cabat. J’estime sérieusement les qualités qu’il a révélées jusqu’ici, mais je souhaiterais de grand cœur qu’il abandonnât les galeries pour les voyages, et qu’il appliquât à la réalité le singulier talent d’imitation qu’il n’a jusqu’ici exercé que sur les chefs-d’œuvre flamands.

Il aura quelque difficulté sans doute à triompher de ses habitudes, il lui en coûtera bien un peu pour renoncer à la pratique des secrets qu’il a découverts et que la foule applaudit. Mais s’il veut devenir un artiste éminent, il faut qu’il s’abstienne désormais d’interpréter la nature autrement que par lui-même ; il faut qu’il prenne le parti de ne plus la voir à travers ses souvenirs ; il faut qu’il la contemple dans sa nudité, dans sa richesse, dans sa diversité âpre ou harmonieuse, qu’il la mutile ou la complète selon les besoins de la poésie, qu’il la décompose et la reconstruise après l’avoir profondément étudiée ; c’est à ce prix seulement que son nom pourra prendre dans l’histoire une valeur durable.)


Nous avons enfin cette année le Soldat de Marathon de M. Cortot. Ce morceau, dont on parle depuis plusieurs années, devait, assure-t-on, ramener dans la statuaire française l’orthodoxie si dangereusement entamée par des schismes nombreux. Ceux qui avaient vu le modèle en parlaient avec une religieuse admiration. Quoique les précédens ouvrages de M. Cortot, et tout récemment son Maréchal Lannes, nous eussent disposé à l’incrédulité, nous avons étudié attentivement le Soldat de Marathon pour vérifier ces fastueuses prophéties. Nous ne contesterons pas l’habileté patiente, le talent de praticien consommé qui a présidé à l’achèvement du torse et des