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pour celui qui lui avait fait cet outrage ; et le troisième, se représentant seulement la faute de son prochain, en était si fort touché, parce qu’il l’aimait véritablement, qu’il pleurait à chaudes larmes. Ainsi l’on pouvait voir en ces trois serviteurs de Dieu trois différens mouvemens, en l’un la crainte du châtiment, en l’autre l’espoir de la récompense, et dans le dernier le désintéressement et la tendresse d’un parfait amour. » Et n’admirez-vous pas comment l’esprit chrétien se maintient fidèle en ceux qui l’ont, à travers les siècles, et arrive à peu près dans le vieil abbé du Sinaï ou dans la grande dame de nos jours aux mêmes distinctions morales et aux mêmes éclaircissemens ?

Ainsi se couronne une des vies les plus brillantes, les plus complètes, les plus décemment mélangées qu’on puisse imaginer, où concourent la révolution et l’ancien régime, où la naissance, et l’esprit, et la générosité forment un charme ; une vie de simplicité, de grand ton, de monde, et d’ardeur sincère ; une vie passionnée et pure, avec une fin admirablement chrétienne, comme on en lit dans les histoires de femmes illustres au XVIIe siècle ; un harmonieux reflet des talens délicats, naturels, et des morts édifiantes de ce temps-là, mais avec un caractère nouveau qui tient aux orages de nos jours, et qui donne un prix singulier à tout l’ensemble [1].


SAINTE-BEUVE.

  1. Parmi les personnes que nous avons dû consulter pour cette notice, il est impossible de ne pas nommer M. Villemain à qui nous avons souvent dérobé des jugemens ou des impressions.