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entrée dans notre âme à ces passions qui toutes, même les plus légitimes, sont la mort du corps et de l’âme. Veiller, c’est soumettre l’involontaire.... » Quel sens mélancolique et profond les simples paroles suivantes n’empruntent-elles pas sur les lèvres de Mme de Duras ? « A mesure qu’on avance, les illusions s’évanouissent, on se voit enlever successivement tous les objets de ses affections. L’attrait d’un intérêt nouveau, le changement des cœurs, l’inconstance, l’ingratitude, la mort, dépeuplent peu à peu ce monde enchanté dont la jeunesse faisait son idole.... Aimer Dieu, c’est adorer à leur source les perfections que nous espérions trouver dans les créatures et que nous y avons vainement cherchées. Ce peu de bien qui se rencontre quelquefois dans l’homme, c’est en Dieu que nous eussions du l’aimer ! » Plus loin elle implore la crainte de Dieu comme un aiguillon de la paresse et de la langueur ; elle demande la force, car, dit-elle, ce manque de force est un des grands dangers des conversions tardives. Mais on se fera idée surtout de sa manière de moraliste chrétien et de cette subtilité tendre, qui va jusqu’au dernier repli d’un sentiment, par la méditation sur l’indulgence :


L’INDULGENCE.

Pardonnez-leur, mon Dieu, car ils ne savent

ce qu’ils font !

(Evangile.)

« Cette parole donne à la fois le précepte et la raison de l’indulgence. Il y a plusieurs manières de pardonner, toutes sont bonnes parce que toutes sont chrétiennes ; mais ces pardons diffèrent entre eux comme les vertus qui les ont produits. On pardonne pour être pardonné ; on pardonne parce qu’on se reconnaît digne de souffrir, c’est le pardon de l’humilité ; on pardonne pour obéir au précepte de rendre le bien pour le mal : mais aucun de ces pardons ne comprend l’excuse des peines qu’on nous a faites. Le pardon de Jésus-Christ est le vrai pardon chrétien ; « Ils ne savent ce qu’ils font. » Il y a dans ces touchantes paroles l’excuse de l’offenseur et la consolation de l’offensé, la seule consolation possible de ces douleurs morales, où le mal qu’on nous a fait n’est, pour ainsi