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lèvres sont vermeilles et humides. Je voudrais pouvoir en dire autant d’un portrait d’officier-général dont la main droite est fourrée sous l’habit ; mais cette main est une négligence impardonnable. La partie dorsale placée entre la manche et l’ouverture de l’habit est si lourdement indiquée qu’on a peine à distinguer ce que c’est. Il ne faut pas se lasser de répéter à M. Champmartin les louanges et les reproches qu’il mérite : il est supérieur à tous les autres portraitistes, mais il est évidemment inférieur à ce qu’il pourrait être.

Les miniatures de Mme L. de Mirbel sont cette année, comme aux deux derniers salons, d’une irréprochable perfection. Au moins c’est tout ce que j’ai à dire du dessin et de la couleur de ses figures. Les vêtemens gagneraient peut-être à être étudiés avec moins de détail, et donneraient aux figures une valeur plus grande. Le duc Decazes et le comte Anatole Demidoff sont des chefs-d’œuvre de grâce et de vérité. Le seul reproche que j’adresserai à Mme de Mirbel, c’est d’avoir placé derrière une tête de femme une draperie qui, pour être belle en elle-même et assez bien traitée, n’en est pas moins d’un effet assez fâcheux, puisqu’elle trouve moyen d’alourdir une tête dont le regard et la chair sont pleins de vie. Au point où elle est placée, l’auteur n’a plus maintenant de conseils à recevoir ; il n’y a plus qu’à lui souhaiter des modèles dignes de son pinceau, par la pureté harmonieuse des contours, par la vivacité expressive des physionomies, comme aussi par la richesse de la couleur.

M. Camille Roqueplan, qui jusqu’ici avait trouvé dans l’imitation ingénieuse de Bonington, et parfois aussi dans le pastiche patient de quelques maîtres français tel que Watteau, la fortune et la popularité de son nom, a voulu cette année conquérir une gloire plus haute et plus difficile. Il paraît avoir complètement oublié l’échec très légitime de son Espion. Il a cru sans doute que le roman de Mérimée lui serait une inspiration plus heureuse que Rob Roy ; il a détaché de ce beau livre le chapitre le plus énergique et le plus émouvant, celui où Diane de Turgis, plus amoureuse de son Bernard au moment de le perdre, essaie par ses caresses furieuses de le convertir à la foi catholique et de le sauver du massacre des huguenots. La tâche était rude. Comment M. Roqueplan l’a-t-il