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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/727

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sent que l’auteur lui-même s’y échappe et s’y confond, et qu’il dit sa propre pensée par la bouche de cette martyre.

Edouard, plus développé qu’Ourika, est le titre littéraire principal de Mme de Duras. La scène se passe vers le même temps que pour Eugène de Rothelin ; les personnages sont également simples, purs, d’une compagnie parfaitement été gante, et du plus gracieux type d’amans qu’on ait formé. Mais ici ce n’est plus comme dans la charmante production de Mme de Souza, un idéal de conduite et de bonheur, et, ainsi que je crois l’avoir dit, une espèce de petit Jehan de Saintré ou de Galaor du XVIIIe siècle,. Il y a souffrance, désaccord ; le sentiment d’inégalité sociale est introduit. On en voit trace aussi dans Eugène, lorsque le héros au début s’éprend d’Agathe, la fille de sa bonne nourrice ; mais la convenance intervient aussitôt et triomphe, et elle a raison de triompher pour le plus grand bonheur de tous. Dans Edouard, c’est autrement grave et déchirant ; c’est le jeune plébéien qui se produit devant la noble et modeste Nathalie dans toute la séduction de sa timidité, de son instruction solide, de sa sensibilité vierge, de son front d’homme qui sait rougir ; c’est celui qui, quelques années plus tard, sera Barnave ou Hoche. Dans Edouard on voit deux siècles, deux sociétés aux prises, et le malheur qui frappe les amans devient le présage d’un avènement nouveau. L’effet des mêmes catastrophes sociales, qui ont leur retentissement dans les écrits de Mme de Souza et dans ceux de Mme ‘de Duras, est curieux à constater par la différence. L’une perdit son premier mari, l’autre son père sur l’échafaud ; toutes deux subirent l’émigration ; mais les idées de l’une de ces personnes distinguées étaient déjà faites, pour ainsi dire ; ses impressions, la plupart, étaient prises. Si elle a peint dans la suite cette émigration avec ses malheurs, ça été uniquement au point de vue de l’ancienne société. Adèle de Sénange, composée avant la révolution, paraissait en 95 ; mais les romans qui succédèrent ne diffèrent pas notablement de ton ; une teinte mélancolique et funèbre ne les attriste pas. Eugène de Rothelin et Athénaïs sourient au bonheur, comme si la révolution n’avait pas dû les saisir à quelques années de là. Sauf Eugénie et Mathilde, les romans de Mme de Souza appartiennent au XVIIIe siècle vu de l’Empire. Les romans de Mme de Duras, au contraire, sont bien