Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/704

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


BELLA-UNION




DESTRUCTION RECENTE des Indiens Guaranis et Charruas.




L’année dernière, à peu près à pareille époque, tout ce que Paris renferme de curieux et d’oisifs courait voir comme des animaux d’une espèce rare, les quatre Indiens Charruas importés de l’Amérique du Sud par un spéculateur. Ces malheureux que nous avons vus froidement mourir du mal du pays, entre un rhinocéros et un boa, sont aujourd’hui complètement oubliés comme les Osages de la restauration. On pourrait disserter longuement sur ce sujet, ne fût-ce que pour montrer la différence admirable qu’établit dans la condition des hommes celle qui existe dans la couleur de leur peau, quoique siècle se pique de tenir toutes les races pour égales. Un nègre est libre en mettant le pied sur le sol de la France : fou serait celui qui tenterait de gagner sa vie en le colportant dans les foires à la suite d’une ménagerie ; mais un Indien ! sauf une voix ou deux qui crient timidement dans le désert, sans arriver aux oreilles du procureur du roi, tout le monde trouve cela parfaitement juste et naturel. L’Indien ne représente exactement qu’un crâne de plus pour une collection phrénologique, un masque en plâtre pour celle du muséum d’histoire naturelle, et une dissertation académique. Nous en sommes encore à cet égard aux premiers temps de