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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/701

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surprise générale. Cette dîme n’est qu’un impôt payé par le propriétaire catholique entre les mains du clergé protestant : elle ne pèse pas sur le paysan, elle ne grève que le propriétaire. Quand M. Littleton eut fait sa motion, dans laquelle il proposait de convertir la dîme en pension annuelle et fixe, O’Connell s’éleva violemment contre le plan des réformateurs et demanda l’abolition totale de la dîme, c’est-à-dire l’augmentation du revenu des propriétaires irlandais, déjà beaucoup trop riches proportionnellement aux autres classes de leurs concitoyens. Mais dans une discussion plus récente, O’Connell changea d’avis ; il ne demanda plus l’abolition, mais seulement la diminution de la dîme et l’application des deniers qu’elle rapporte à d’autres dépenses administratives. On a été surpris de le voir adopter des opinions si modérées ; on a cru que cette avance vers le gouvernement annonçait une réconciliation prochaine, et que bientôt il accepterait des fonctions publiques. Nous ne pouvons ajouter foi à cette dernière rumeur que rien ne justifie ; déjà O’Connell a rejeté avec dédain de meilleures occasions d’exploiter la trahison qu’on lui impute. Il est sincère au fond, profondément sincère dans l’opinion qu’il a embrassée ; et au milieu des étranges contradictions, des excès et des exagérations fatales qui ont marqué sa carrière politique, cette sincérité est évidente. Toutefois, ne renoncerait-il pas aujourd’hui à son rôle d’agitateur, s’il le pouvait avec honneur, avec sûreté ? Nous le pensons. O’Connell n’est plus jeune ; de longues fatigues commencent à courber son esprit et son corps ; les cris d’une multitude enthousiaste, la lutte violente des débats parlementaires, l’orgueil de la suprématie, l’ivresse d’un pouvoir presque despotique exercé sur une populace sauvage, tous ces stimulans énergiques font trop long-temps nourri et animé de leur vie fébrile et harassante, pour que le dégoût et la lassitude ne commencent pas à se faire sentir. Maintenant il a une famille à soutenir, des propriétés à perdre ou à conserver ; l’Irlande agitée par lui suit un mouvement plus irrégulier, plus effréné qu’il ne l’aurait cru. La propriété est menacée ; les paiemens s’arrêtent ; les prêtres eux-mêmes tremblent pour leurs faibles revenus et pour leur influence sur leurs ouailles rebelles. Tous les agitateurs se lassent et désirent le repos. Mais comment atteindre ce repos, sans sacrifier sa popularité, sans se couvrir de honte ?