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pas encore sèche, sur le parchemin qui conférait aux catholiques le privilège pour lequel ils avaient si long-temps combattu, lorsque l’agitateur, dans son discours public, promit au peuple de ne pas s’arrêter en si beau chemin, de jeter dans la masse des intérêts britanniques de nouveaux fermens de discordes, et d’arracher l’Irlande à cette union avec l’Angleterre, union qu’elle détestait.


Ce grand pas une fois fait, O’Connell a changé de rôle ; membre du parlement anglais, il y représente l’immense majorité de ses concitoyens catholiques. En le voyant entrer dans cette carrière, beaucoup de personnes ont cru que sa réputation et son talent allaient s’évanouir, que de nouveaux et plus redoutables adversaires triompheraient bientôt de sa grossière éloquence, de son inexactitude quant aux documens et aux faits, de son argumentation sans profondeur, de ses principes variables, et de la mobilité inouïe de ses idées. Mais les ressources d’O’Connell sont vastes ; il a su se rallier à la portion radicale de la chambre des communes, et quelques-unes des mesures auxquelles les hommes de cette opinion attachent le plus d’importance ont été proposés par lui. C’est ainsi qu’il a cherché à vaincre l’indifférence qui le menaçait : tout le monde était sur le point de l’oublier, et l’on ne songeait à lui qu’à propos des affaires d’Irlande auxquelles on le croyait identifié. Pour la vigueur du raisonnement, pour l’énergie et la lucidité des développemens oratoires, il était loin de s’élever à la hauteur de certains chefs de ce parti. Cependant, quand ses passions s’émeuvent et s’exaltent, il retrouve de la force et de l’éclat. Son discours en faveur du bill de la réforme est un des meilleurs que l’on ait prononcés à cette occasion. Peu de membres des communes ont exercé autant d’influence que lui tant que la discussion relative aux bourgs d’Angleterre et d’Ecosse a duré.

Placé, toutefois, au second rang des hommes d’état tant que les débats sont généraux, il redevient O’Connell, le chef de parti, l’orateur par excellence de l’Irlande opprimée, dès qu’il s’agit de son pays. Il a deux rôles bien différens à jouer ; il faut qu’il se montre le tribun fidèle de l’Irlande, et membre du sénat anglais. Il faut que, sous ces deux rapports, il satisfasse ses partisans. Dès que la session finit, vous le voyez quitter Londres et partir pour