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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/687

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extravagante démarche ; et tous ceux qui regardent comme sacrées les institutions existantes, tous ceux qui ne comprennent pas l’audace assez puissante pour marcher droit à la rencontre d’une loi et lutter contre elle, la couvrirent de ridicule. Dans le fait, c’était le chef-d’œuvre d’O’Connell, son coup de maître ; il augmentait la terreur inspirée par l’association. Déjà l’est, l’ouest et le sud de l’Irlande étaient unis contre le gouvernement ; dans le nord, les deux religions se balançaient l’une l’autre, et l’été de 1828 se passa dans une irritation violente, dans un état d’hostilité continuelle. Un tel état de choses était trop menaçant pour que le gouvernement britannique le laissât se perpétuer. En 1829, on prit un parti décisif ; et cette mesure, reculée depuis si long-temps, mais devenue inévitable, l’admission des catholiques irlandais à tous les droits de citoyen, fut enfin sanctionnée. C’est à O’Connell et à son parti qu’il faut accorder tout l’honneur de cette grande entreprise. Quelque blâme que l’on puisse jeter sur les moyens qu’il employa, la victoire lui appartient. Sans doute, il eut pour alliés un grand parti, beaucoup de membres du parlement, et surtout le progrès général des idées et le développement du libéralisme politique et religieux dans toute l’Europe. Mais O’Connell et ses amis avaient à combattre le souverain, l’aristocratie et la masse des préjugés séculaires. La victoire fut due aux ressorts qu’ils firent mouvoir. Sans l’association catholique, la voix de la tolérance et de la politique n’eût pas été entendue ; la chambre des communes eût continué à dépenser pour les catholiques d’inutiles votes et des discours inutiles. Toujours ses tentatives eussent été frappées de nullité par la chambre des lords, les pairs, le roi et la populace anglaise.


A peine cette grande mesure eut-elle force de loi, on vit O’Connell se présenter à la barre de la chambre des communes, et revendiquer un siège dans le parlement comme représentant du comté de Clare. Cette prétention injuste fut repoussée, malgré les discours bruyans et les évolutions théâtrales que l’on prodigua. La nouvelle loi ne pouvait avoir d’action que sur l’avenir : on ne pouvait sans injustice et sans danger la rendre rétroactive en faveur d’un individu. O’Connell alla retrouver ses électeurs du comté de Clare, et ceux-ci ne manquèrent pas de le réélire. L’encre n’était