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terrifièrent les Anglais et dominèrent le parlement d’Irlande. Après avoir brisé toutes les entraves commerciales dont on se plaignait, les conjurés demandèrent la révocation des statuts qui subordonnaient le parlement d’Irlande à celui d’Angleterre. Ils atteignirent leur but. Les deux chambres d’Irlande s’arrogèrent la souveraineté, et si la même couronne sembla peser sur les deux îles, cette union, presque nominale, fut la seule qui les attacha désormais l’une à l’autre.

Mais comment supposer que deux législatures indépendantes se maintiendront, soumises à un seul pouvoir exécutif, sur un pied de parfaite égalité ? En Ecosse, depuis la réunion des deux couronnes sous Jacques Ier, et celle des législatures sous la reine Anne, vous ne voyez que confusion, oppression, violences ; les deux nationalités se heurtent sans cesse, et après de longs désordres, la plus faible des deux succombe, victime de ses propres dissensions. Si les chambres irlandaises avaient été réellement indépendantes, elles n’auraient pas pu se maintenir une année seulement, en face du parlement anglais. Mais leur indépendance était nominale. La chambre des pairs attendait tout de la couronne. L’église, l’armée, toutes les sources de fortune où une noblesse appauvrie allait puiser, se trouvaient placées sous la main du gouvernement. Le château (on nommait ainsi la Cour du vice-roi à Dublin) avait su se faire une constante majorité dans la chambre des communes. Des trois cents membres qui la composaient, plus de cent étaient pensionnés du gouvernement, sous une forme ou sous une autre. La plupart étaient élus par de petites corporations, par des villes ou des bourgs soumis à l’influence du seigneur voisin. L’indigence des nobles irlandais, race d’hommes spirituelle, goguenarde, aimant le plaisir, les mettait à la merci d’un ministère, toujours prêt à les acheter. D’ailleurs les catholiques, jusqu’en 1798, ne pouvant être ni électeurs ni éligibles, une fraction du peuple était seule représentée. Point de confiance, point de sympathie entre ces députés et la masse de la nation. Leur enthousiasme patriotique s’évaporait en discours véhémens et en protestations d’indépendance. Peut-être les whigs avaient-ils plus d’influence dans le parlement irlandais que dans le parlement anglais : mais c’était là tout. Aussi les deux assemblées ne furent-elles d’un avis contraire que