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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/667

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tête chauve et nue, couronnés des brumes de l’Atlantique, et qui, allongeant leurs bras desséchés vers la mer, se terminent par des rocs ou promontoires affreux. Entre les dentelures de cette côte hérissée, vous voyez tantôt les vagues se précipiter en écumant dans leurs anfractuosités, tantôt s’ouvrir des havres magnifiques et déserts, qui contiendraient toutes les flottes de la Grande-Bretagne.

Cette ceinture d’airain, armée de pointes, et qui sert de rempart à l’Irlande vers le sud-ouest, est sans cesse battue de l’écume et fouettée par la colère de l’Océan. Une vapeur éternelle s’exhale le long de la côte ; un voile de brouillards suspendus entre le ciel et la terre obscurcit le disque du soleil. Les descriptions d’Ossian se réalisent dans un climat plus doux. Au pied des montagnes, ensevelies dans d’obscurs vallons, quelques villes semblent se dérober à tous les regards. Les villages, composés de huttes éparses sur un vaste espace, présentent l’aspect de la pauvreté la plus hideuse ; le reste de l’Europe ne connaît rien de tel. Le paysan partage avec son porc, son unique associé, son seul ami, quelques mauvaises pommes de terre ; quelquefois, une vache étique arrache péniblement les maigres herbages qui poussent dans un champ semé de pierres blanches.

Si vous errez dans ces ravines solitaires, vous trouverez çà et là quelques patres et quelques chasseurs qui méritent d’être observés ; hommes sauvages dont la physionomie singulière contraste bizarrement avec la physionomie ouverte, joviale, un peu grotesque de la vieille population celtique, habitante indigène de l’Irlande. Ces hommes, agiles, maigres, à la taille svelte, à l’œil noir et ardent, aux cheveux bruns, à l’air féroce, aux traits réguliers ; ce sont les descendans des colons orientaux qui ont envahi l’Irlande autrefois, et qui, depuis deux siècles, exercent l’imagination des antiquaires anglais. Milésiens selon les uns. Phéniciens selon les autres, Espagnols d’après une autre hypothèse, ils n’ont pas perdu leur caractère primitif, leur type arabe et méridional.

Dans cette région, vous rencontrez peu de manoirs féodaux. Les propriétaires sont presque tous de vieux catholiques dont les pères ont commandé à quelques dans indépendans. La province de Kerry