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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/660

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de dix-huit ans, quand cette nature si parfumée, si pleine de réminiscences confuses et de bruits endormeurs, bourdonne autour de lui ; lorsqu’entre ses yeux et le triste livre de classe, passe un oiseau dont il sait le nom, un papillon qu’il a autrefois poursuivi, une abeille qui regagne peut-être les ruches de son père ! — Quel moyen de poursuivre, à travers tant de ravissans alléchemens, le cours monotone d’une conjugaison latine ? Comment entendre la cloche au milieu de ces mille harmonies qui résonnent autour de lui ? — Aussi, bien souvent, la cloarec succombe. Il ramasse dans sa large poche ses cahiers, ses livres, et, avec eux, tout souci de l’avenir ; il bondit à travers les champs, les taillis, les prairies, cherchant les nids dans les feuilles, cueillant les noisettes ou les mûres au milieu des haies vives, et chantant à plein cœur quelque guerz appris aux veillées. Parfois la voix lointaine d’une jeune fille qui garde ses moutons lui répond, et le jeune cloarec, ravi, écoute cette voix bergère et prolongée se perdre avec le vent dans les coulées. Malheureusement le jour finit, il faut revenir à la ville, et, le lendemain, une punition lui fera expier son échappée pastorale. Il lui faudra se coucher plus tard et se lever plus tôt pour achever le surcroît de travail qui lui sera imposé. Aussi, peu confiant dans sa raison, renoncera-t-il, s’il est sage, à travailler désormais sous le ciel. Malgré les joyeux appels d’un soleil brillant, il restera dans sa chambre délabrée et s’y livrera tout entier à ses devoirs. De temps en temps seulement, lorsque sa tête et ses doigts seront lassés, il se détournera vers la cage grossière suspendue à la croisée et causera quelques instans avec son bouvreuil, car le cloarec a toujours un bouvreuil à sa fenêtre. Trop pauvre pour nourrir un chien, il a dû se contenter d’un oiseau qu’il va dénicher lui-même, qu’il a nourri de son pain, et que l’hiver il réchauffe dans sa poitrine, seul foyer dont il puisse disposer. Le bouvreuil le connaît, l’aime et le comprend. — Comme lui, c’est un enfant des campagnes qui chante quand viennent la brise d’été et l’odeur des foins coupés.

Ainsi s’écoulent les sept années les plus chaudes et les plus fleuries de l’étudiant. Cependant un changement complet s’est insensiblement opéré en lui. Arraché aux occupations rustiques, pour être jeté subitement dans le repos du corps et le travail de