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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/655

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« A elle a été accordé par le Sauveur de notre vie le pouvoir de donner soulagement à tout affligé.

« Courage donc, chrétien ! courage pour aller jusqu’à elle, lui rendre visite avec véritable humilité. Elle est la mère de pitié, et elle donnera leur pardon à ceux qui le lui demanderont du plus profond de leur cœur.

« Elle donne la lumière à ceux qui en sont privés ; elle donne à entendre aux sourds, et la course libre à ceux qui sont boiteux ; par elle guérissent les languissans et parlent les muets ; à tout affligé elle accorde soulagement.

« Approchez, assistans de toutes les conditions, voici l’instant de l’année où s’ouvre le pardon. Au premier dimanche du mois de juin ou jamais sont les indulgences pour les pécheurs.

« Celui qui se confessera et qui communiera pendant cette solennité, gagnera cinq cents jours d’indulgence, du bonheur pour bien plus long-temps, et le plaisir de jouir de la vie après sa pénitence !

« Habitans de Guingamp, et vous tous qui demeurez autour, rien ne vous manque ! — Heureuse est la terre où l’on jouit de Marie ! Vous avez le plus beau trésor que puisse fournir notre monde, madame Marie-de-Bon-Secours, mère des pêcheurs.

« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, les trois personnes de la Trinité qui régnera éternellement, qu’ils prennent pitié de mon âme ; je vais finir.

« Puissions-nous avoir la grâce de nous retrouver tous ensemble un jour dans la vallée de Josaphat ! »

A peine le cantique est-il achevé, que les rangs des pèlerins se rompent ; des cris de joie, des appels, des rires éclatans succèdent au recueillement de la procession nocturne. La foule des pénitens se rassemble sur la place où tous doivent coucher pêle-mêle sur la terre nue. Alors la sainte cérémonie en l’honneur de la Vierge immaculée finit le plus souvent par une orgie ; femmes et garçons se mêlent, se rencontrent, se prennent au bras, s’agacent, se poursuivent à travers les rues obscures, et le lendemain, quand le jour se lève, bien des jeunes filles égarées rejoignent leurs mères le front rouge et les yeux honteux, avec un péché de plus à avouer au recteur de la paroisse.