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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/650

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guère en bonhomie à celui de notre Béranger. Sans doute, tous les récits de nos paysans ne sont pas aussi peu révérencieux pour les choses saintes ; mais, à part cette nuance philosophique un peu vive, l’histoire de Moustache résume admirablement le conte gai de la littérature armoricaine. Aucun autre modèle n’en donnerait une idée plus exacte. La fable peut varier, les personnages changer de noms ; mais toujours vous trouverez le joyeux garçon fringant et avisé qui va par les chemins, cherchant aventure, et qui finit par épouser une princesse, après avoir joué quelque mauvais tour au diable ; car le diable est la victime obligée, le diable est l’Orgon du fabliau bas-breton. Dans le genre plaisant comme dans le genre terrible, sa figure est celle qui domine tout ; c’est le pivot du drame. Le diable est de toute éternité, chez nous, le personnage effrayant ou le personnage risible, comme le mari en France ! — C’est même une assez curieuse étude que celle de cette vieille haine chrétienne contre l’ange des ténèbres, haine qui prend tour à tour la forme de la malédiction ou celle de la raillerie, mais qui toujours exprime une même horreur pour le symbole du mai. Lorsque les sociétés civilisées en sont arrivées à ne rire que de l’inusité des formes, de l’extérieur, de tout ce qui se désigne sous le nom de ridicules, il est curieux de voir un peuple encore assez naïf pour trouver le mal risible, par cela seul qu’il est le mal, et pour sentir que le ridicule véritable n’est autre chose que le méchant, de même que le beau n’est autre chose que le bon. Pour pouvoir ainsi rire du diable, il faut être capable de sentir Dieu.


III. Superstitions. — Fêtes. — Pèlerinages. — Poésie du langage.

Le cachet d’une nature transitoire et demi-francisée est si profondément empreint au pays de Tréguier, que le langage même de ses habitans semble le révéler. C’est un breton d’abord pur, puis qui va toujours s’altérant jusqu’à Saint-Brieuc, où il se fond en un patois qui rappelle singulièrement le français de Montaigne. Le costume aussi y est moins varié, moins original que dans le