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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/626

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Les petits scandales ministériels continuent. Il est bien avéré maintenant qu’un bénéfice énorme et illicite a été commis sur la construction du vaisseau des fêtes de juillet, et qu’un pot-de-vin de 25,000 fr. a été payé au personnage qui a procuré cette affaire aux entrepreneurs. Une administration jalouse de passer pour intègre et honnête eût ordonné une enquête à la suite de ce scandaleux procès ; elle eût voulu signaler et destituer au besoin le coupable. L’enquête n’a pas eu lieu, et ne sera pas ordonnée, car elle mettrait sans doute sur la voie d’autres actes aussi peu faits pour être avoués. Quel que soit le ministérialisme de la chambre prochaine, il faut espérer qu’elle ne fermera pas les yeux sur cette honteuse affaire, et qu’elle l’évoquera à elle. S’il lui plaisait de l’oublier, la presse sera là, nous n’en doutons pas, pour l’en faire souvenir.

Le ministère de l’instruction publique a aussi son vaisseau de juillet. C’est M. Cousin, le philosophe, qui en est le pilote. M. Cousin, ayant compilé quelques parties de l’ancien et du nouveau Testament, en avait fait un petit livre que publia sans succès le libraire Levrault. M. Cousin, membre du conseil de l’instruction publique, et homme fort habile dans ses affaires, comme on sait, a fait décider qu’on achèterait pour 25,000 fr. d’exemplaires de son catéchisme. Mais la presse ayant révélé à propos cette petite manœuvre, M. Guizot a hésité à sanctionner la décision du conseil de l’instruction publique où M. Cousin exerce une si grande influence. Ce procédé de M. Guizot envers M. Cousin irrite fort, dit-on, le pair philosophe, qui va partout se plaignant de son ancien ami, et disant qu’il n’était pas si scrupuleux, quand, pendant son dernier ministère, il ordonna d’acheter, des fonds de l’état, pour 20,000 fr. d’exemplaires des Mémoires de la révolution d’Angleterre. On pourrait répondre à M. Cousin que les Mémoires de la révolution d’Angleterre avaient plus d’importance que son catéchisme, mais cette réponse ne le calmerait sans doute pas.

On a beaucoup parlé cette semaine, dans un certain monde, du duel qui a eu lieu entre M. M.... et l’ancien acteur Damoreau. L’offense qui avait donné lieu à ce combat était assez grave de part et d’autre, pour qu’on pût en redouter les suites. Toutefois, les deux adversaires furent interrompus dans leur combat, au bois de Boulogne, à Sablonville et à Vincennes, par la police qui s’y opposait. Il eut lieu enfin, et M. Damoreau reçut trois coups d’épée dont le dernier eût été grave s’il n’avait été paré par une pièce de cinq francs qui se trouvait dans son gousset. Un homme fort répandu, et mieux doté du côté de l’esprit que du côté de la fortune, disait, il y a quelques années, au récit d’une circonstance toute semblable ; « Voyez donc, à sa place j’aurais été tué, moi ! »

Le Théâtre-Français a donné une comédie de MM. Frédéric Soulié et