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Au centre de la France, la coalition semblerait moins difficile, et cependant elle ne saurait avoir lieu. Les opinions du juste-milieu, si toutefois le juste-milieu a des opinions, s’y trouvent dans le plus grand nombre. A Chartres, M. Isambert a l’espoir, il est vrai, de réunir quelques votes légitimistes, mais l’évêque que M. Isambert a assez rudement attaqué à la chambre, lui enlèverait toutes les voix du parti religieux, si le parti religieux pouvait transiger avec un candidat libéral. Le peu de chances qui restent aux candidats républicains se trouvent à Perpignan, à Dijon, à Maçon ; et là encore ils useraient de leurs propres forces, car le parti royaliste y est peu nombreux ainsi que celui du juste-milieu, qui ne consiste guère que dans les fonctionnaires et les employés du gouvernement. On peut se rassurer. La république n’est pas dans les collèges électoraux, et les ministres qui affectent de la voir là, se moquent bien des pauvres électeurs qui les prennent au mot. Ce n’est pas la république ou la restauration que le ministère craint de voir sortir des collèges, c’est la liberté, et leurs mesures sont bien prises pour qu’elle n’aille pas loin.

Le ministère actuel compte bien sur la chambre prochaine où il espère trouver des centres aussi serrés et aussi tenaces que ceux de la fameuse chambre septennale. Il lui reste à compléter sa législation, à s’entourer d’un système et d’un arsenal de lois qui l’empêche d’être entraîné vers le principe sur lequel le gouvernement a été fondé, c’est-à-dire vers l’idée du progrès, de la souveraineté populaire et de la liberté. M. Thiers l’a dit à la tribune avec beaucoup de sagacité, les gouvernemens ne périssent que parce qu’ils exagèrent le principe qui a présidé à leur fondation. Ainsi ont fait l’empire et la restauration, qui avaient été fondés, l’un sur le despotisme, l’autre sur un système rétrograde, c’est-à-dire sur de mauvais principes, contraires aux intérêts et aux sentimens de la nation. La pensée ministérielle, bien que livrée à des hommes d’esprit, est aujourd’hui renfermée dans des bornes trop étroites pour remonter bien haut ; c’est à l’aide d’un misérable sophisme que le pouvoir s’élance avec ardeur sur les voies de l’empire et de la restauration, et qu’il se persuade que la mauvaise foi et la violence de ces deux régimes le conduiront à un résultat meilleur.

On peut prévoir que la chambre prochaine sera ministérielle au plus haut degré. L’opposition légitimiste y comptera bien quelques représentans, l’opposition libérale y figurera sur quelques bancs ; mais il faut s’attendre à subir une ère ministérielle qui pourra bien être longue, et peut-être cette triste période qui se prépare sera-t-elle encore favorable au pays. Le point de départ du ministère actuel, chacun de ses pas dans la route qu’il suit, indiquent clairement le but qu’il se propose, ou plutôt le