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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/609

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Cependant tout n’est pas profit, et on s’aperçoit souvent que l’auteur se fait illusion sur le degré d’intérêt que présentent les diverses informations qu’il nous transmet ; celles qui lui ont coûté le plus de peine à acquérir sont presque toujours à ses yeux les plus importantes. Il met aussi un certain amour-propre à n’omettre aucune des circonstances qui eussent pu être indiquées par un observateur doué de tous ses sens : ainsi il nous apprendra que non loin du cap Finistère on eut en vue onze voiles, dont plusieurs semblaient appartenir à une même escadre ; qu’en telle partie de la côte d’Afrique, dont le nom ne se trouve pas même sur nos cartes, la sonde rapportait un sable gris piqueté de points blancs, etc., etc.

Du reste ces détails, tout oiseux qu’ils sont, n’impatientent pas trop ; peut-être même font-ils qu’on s’intéresse davantage à l’auteur, car au soin qu’il prend pour qu’on ne s’aperçoive pas de ce qui lui manque, on voit qu’il ne le sent lui-même que trop profondément. Il n’est pas parfaitement réconcilié avec son état de cécité, et il est toujours porté à faire comme ceux qui ont des yeux. Le matelot placé en vigie signale-t-il une terre, le pauvre aveugle monte au haut du mât, « non pour voir, dit-il, mais pour prendre de l’exercice. » Dieu sait si pareille idée lui est jamais venue quand pour les clair-voyans il n’y avait rien à regarder !

Des quatre volumes dont doit se composer l’ouvrage de M. Holman, nous n’avons encore que le premier qui embrasse un espace d’environ treize mois, et est principalement relatif aux établissemens anglais, situés dans le golfe de Bénin.

Parti d’Angleterre au commencement de juillet 1827, il arriva à Sierra-Leone dans le mois de septembre, ayant visité en chemin Madère, Ténériffe et les îles du Cap-Vert. Toute cette partie de son récit ne nous semble pas offrir un très grand intérêt ; cependant les personnes qui s’occupent de recherches statistiques liront peut-être avec utilité ce qui concerne la fabrication des vins, le commerce de l’orseille, etc.

Le séjour à Sierra-Leone, au contraire, fournit, quoique très court, matière à plusieurs chapitres pleins de faits, et de faits en général très attachans. Certes, pour avoir réuni dans l’espace de trente-trois jours, et sous des circonstances aussi défavorables, une pareille masse de renseignemens, il a fallu une prodigieuse activité d’esprit. Nous extrairons de cette portion de l’ouvrage un fragment sur le Boulam, pays limitrophe de la colonie de Sierra-Leone. Dans ce qui se rapporte à cette colonie elle-même ainsi qu’à celle de Fernando-Po, nous trouverions également beaucoup à citer ; mais nous réserverons cela pour un autre article dans lequel nous essaierons de donner une idée des établissemens fondés sur la côte d’Afrique pour la suppression de la traite.