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dans Rome. Salluste reconnut incontinent dans le vainqueur des Gaules le maître des nouvelles destinées de la république ; il lui adressa une lettre ou plutôt un mémoire politique, assemblage de passions vives et d’idées justes, des colères de l’homme de parti et des jugemens de l’homme d’état. J’en vais donner la substance. Après s’être excusé sur la nouveauté de cette confidence, il fait la plus amère peinture des fautes de Pompée, de l’oligarchie aristocratique, de Caton, de Domitius, qui ont immolé comme des victimes quarante sénateurs et moissonné la jeunesse ; ce préambule épuisé, il entre en matière.

Les deux fondemens de la république sont le peuple et le sénat. Mais le peuple n’est plus guère qu’une multitude sans mœurs, sans traditions politiques, et incapable de gouvernement. Il faut en régénérer les classes par de nouveaux citoyens, et raviver ainsi l’esprit de liberté. Il faut aussi former des colonies où les anciens et les nouveaux citoyens se mêleront. La faction aristocratique s’écriera que c’est violer la constitution que d’imposer l’exil des colonies à des Romains, et que si un seul homme peut faire des citoyens à son gré, la cité libre n’est plus qu’une monarchie ; il faut mépriser ces impuissantes clameurs.

Mais César sera surtout le bienfaiteur de la patrie et du genre humain, s’il peut détruire ou du moins diminuer l’avidité qui se décèle de tous côtés pour l’argent. Les mœurs, la discipline et le génie sont incompatibles avec une semblable avidité. L’homme de bien, quand il voit le mauvais citoyen plus considéré que lui parce qu’il est plus riche, s’indigne d’abord : mais peu à peu l’argent empiétant toujours sur la vertu, il passe lui-même du côté des plaisirs.

L’élection des magistrats est chose importante, et le peuple s’y entend assez bien ; la loi de Caïus Gracchus est judicieuse. Ce grand tribun voulait qu’on mît dans une urne les centuries des cinq classes, et qu’elles donnassent leurs suffrages à mesure qu’on les tirerait au sort. Cette égalité de prérogatives engendrait l’émulation de la vertu.

Pour les juges, ne les faire nommer que par un petit nombre serait tyrannique, et ne les choisir que parmi les riches ne serait pas honnête. Les Rhodiens ne se sont pas mal trouvés de cette forme