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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/594

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dans le récit de Salluste ; et l’on y voit que Catilina n’avait jamais fait entrer la médiocrité dans son ambition, ses talens, ses vices et son courage.

Après Catilina, les trois hommes qui comparaissaient devant l’historien pour lui demander un caractère et la vie, étaient Caton, César et Cicéron. Situation admirable de l’écrivain de trente ans ! Pour la première fois, Rome possède un historien de génie qui pourra lui peindre ses plus grands personnages au moment même où ils se meuvent dans son sein ; l’artiste est digne de cet office ; il ne se déconcerte ni ne s’irrite à la vue de Caton, son adversaire et son ennemi ; il le comprend, il le glorifie, il l’envoie à la postérité avec ces lignes immortelles : Non divitiis cum divite, neque factione cmn factioso ; sed cum strenno virtute, cum modesto pudore, cum innocente abstinentià certabat ; esse quam videri bonus malebat ; ita quò minus gloriam petebat, eo magis sequebatur. « Caton ne luttait pas de richesse avec le riche, de brigue factieuse avec le factieux, mais de courage avec le courageux, de modération avec le sage, de pureté avec l’homme pur ; il aimait mieux être vertueux que de le paraître, et plus il fuyait la gloire, plus elle s’attachait à ses pas. » Qu’admirerons-nous le plus ici de Salluste ou de Caton ? de la vertu qui arrache une semblable louange, ou du génie qui ne la refuse pas, et la décerne pour l’éternité ?

Avec quel plaisir Salluste devait parler de César, son ami, l’orgueil et l’espérance du parti démocratique, ce mélange incomparable d’héroïsme et de licence, d’exaltation et d’incrédulité, corps délicat et mon âme immense et inspirée, le plus aimable des Romains pour en devenir le plus grand, et qui s’occupait dans les Gaules à consterner du bruit de ses prodiges et de sa gloire le parti Pompéien. Pendant son absence ! Salluste disait de lui à l’époque de la conspiration : Cœsar in animum induxerat laborare, vigilare ; negotiis amicorum intentus, sua negligere ; nihil denegare, quod dono dignum esset ; sibi magnum imperium, exercitum, novum bellum exoptabat, ubi virtus enitcscere posset. « César avait résolu dans son esprit de se montrer laborieux et vigilant, d’être tout aux affaires de ses amis et de négliger les siennes, de ne jamais refuser ce qui valait la peine d’être donné ; pour lui-même il désirait un grand commandement, une armée, une guerre