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Telles étaient effectivement les conjonctures de la république que le triomphe de Sylla sur Marius ne compensait pas l’infériorité morale qui dégradait l’aristocratie, et ne pouvait cacher au vainqueur d’Orchomène les forces vives qui se remuaient dans la cause démocratique et se préparaient à reprendre l’œuvre des Gracches et de Marius. Aussi quand Sylla eut achevé son bonheur et sa vie, de quel côté se déclara la prééminence du talent et de l’habileté, si ce n’est dans le parti populaire ?

Que dire de Pompée, la médiocrité la plus fastueuse et la plus enflée qui ait jamais paru dans les affaires ? Crassus manque d’ambition ; il n’a que de l’avarice et de la vanité : Caton, sans génie, s’appuie sur une vertu qui ne sauve personne ; Cicéron, cet homme nouveau qui s’égara dans l’amitié de Pompée, ne fut-il pas durant sa vie l’admiration et le jouet de tout le monde ?

Cependant brillaient dans le parti populaire deux hommes dont les renommées vigoureuses qui poussaient tous les jours, accablaient les réputations aristocratiques : nous voulons dire César et Salluste. L’historien de Jugurtha, de l’Afrique, de Marius et du VIIe siècle de Rome, ne saurait être séparé de César, si l’on ne veut pas dénaturer l’entente de son esprit et de son temps. César et Salluste servent la même cause et le même mouvement du monde ; la plume du second est aussi ardente et aussi acérée que l’épée du premier, et tous les deux ont arraché à l’aristocratie non-seulement l’empire, mais la primauté du génie politique.

Dans ce que nous dirons de Salluste, nous aurons l’avantage de nous autoriser des recherches érudites du président de Brosses. Le livre qu’il nous a laissé : Histoire de la République romaine dans le cours du VIIe siècle (Dijon, 1777, 3 vol. in-4’°.) est une des productions les plus substantielles de la science française. Le style est faible, la pensée raisonnable, l’érudition immense : c’est une de ces grandes manutentions de faits et d’études qui servaient autrefois de loisir à notre ancienne magistrature, et dont l’habitude semble se perdre aujourd’hui.

Gains Sallustius Crispus naquit à Amiterne, ville du pays des Sabins, l’an de Rome 668, sous le septième consulat de Marius et le second de Cornelius Ginna. On ignore le nom de sa mère ; son père eut du mérite et de la probité : sa famille était plébéienne