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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/587

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LA BELL A MALCASADA. 581

suite, sans doute, au foud des caveaux de sa maison, et d’enseveiir avec mon cadavre les témoignages de toutes ses infamies, le scandale de sa vie et le crime de ma mort ! Etait-ce là aussi de la vengeance ?

J’ai peu de commerce avec les livres et ne me mêle guère de leurs discours ; mais certains philosophes, m’a-t-on conté, pensent qu’il est des occasions où l’on peut tuer ceux que l’on aime hien. Ces sages-là auront dû dire aussi, comme c’était raison, qu’il faut au moins bien aimer soi-même, pour avoir droit de tuer, et surtout tuer justement.


Ce fut un soir de l’hiver de 1850 que je descendis, par une pluie battante, à Buyirago, dans une posada, la meilleure peut-être qu’il y ait en toute la Vieille-Castille, sur la route de Madrid, mais où je n’oserais pas toutefois souhaiter que le plus malveillant de mes lecteurs fût jamais contraint comme moi de passer la nuit.

Après avoir essayé de manger, assis dans la cheminée, d’un certain ragoût à l’huile qui me fut compté le lendemain matin pour un souper, je fus mené à une vaste chambre où je me promis d’aboid le dédommagement d’un sommeil facile, car il ne s’y trouvait pas moins de quatre immenses lits. Mais, dès que l’on m’eut laissé seul, et qu’à la lumière de mon candilie les eus examinés tous successivement, sur cette simple inspection, (non qu’elle m’eût donné, je vous assure, la moindre appréhension d’une attaque à main armée contre ma bourse ou ma personne), comme je tenais à sortir vivant de l’auberge, je me décidai inébranlablement à ne me point coucher.

Cependant, tandis que, de crainte de m’endormir, nîème sur une chaise, j’allais et venais par mon appartement, je découvris, en furetant au fond d’une armoire, un vieux livre espagnol tout poudreux, dont les rats avaient rongé plus des trois quarts. Ils en avaient laissé néanmoins un chapitre à peu près intact. C’était celui qui contenait l’histoire de /a Bella Malcasada. La lecture de cette histoire m’ayant doucement abrégé les heures de la nuit, j’avais résolu, par reconnaissance, de l’insérer, en forme de fragment, dans mes VoijcKjes et aveuiures en Espagne : mais, en y réfléchissant, j’ai craint que l’inexorable critique ne m’accusât un jour d’avoir grossi mes QEuvres complètes aux dépens des romanciers de la Péninsule. Obéissant donc à des scrupules littéraires fort exagérés, m’assure —t-on, et tout-à-fait tombés en désuétude de ce côté des Pyrénées, avec une probité toute castillane, j’ai cru devoir me borner à reproduire à part, aussi fidèlement que j’ai pu, le récil de don Andres.